Appel à contribution Patrimoines du Sud n°28

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Bois et patrimoine en Occitanie
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L’Occitanie, deuxième région forestière de France, offre un terrain d’étude privilégié pour interroger les relations complexes entre les sociétés humaines et le bois, ressource à la fois économique, écologique et dotée de dimensions culturelles. Depuis le Moyen Âge, cette région a été le théâtre d’une exploitation intensive des forêts, marquée par des tensions récurrentes entre production ligneuse, préserva on des écosystèmes et usages sociaux des espaces boisés. Aujourd’hui encore, le Code forestier y promeut une gestion dite « durable et multifonctionnelle », mais les conflits persistent entre les impératifs de la filière bois, les enjeux de biodiversité et les attentes des populations locales. Ces dynamiques contemporaines trouvent leurs racines dans une histoire longue, où le bois a joué un rôle central dans l’aménagement des territoires, l’organisation des économies et la structuration des paysages.

L’archéologie, l’histoire, l’histoire de l’art et les sciences de l’environnement ont profondément renouvelé notre compréhension de ces interactions, notamment grâce à l’essor des études paléoenvironnementales, à la généralisation de l’archéologie préventive et à une prise de conscience accrue des effets des changements climatiques sur les milieux. Les projets de recherches dans la région, tels que BOSCA, RHEFOREST, EAURIGINES ou la ZA PYGAR, montrent l’étendue des disciplines et des axes empruntés pour explorer le sujet ces dernières années. Ces avancées invitent à repenser le bois non seulement comme une matière première, mais aussi comme un marqueur des transformations sociales, techniques et écologiques des sociétés occitanes. Ce numéro spécial de Patrimoines du Sud se propose d’explorer cette thématique sous un angle interdisciplinaire et diachronique, en couvrant une période large, du Moyen Âge à nos jours.

L’objectif est d’analyser le bois sous trois dimensions indissociables : ressource naturelle cultivée et exploitée, bien de consommation et d’échange, et objet patrimonial porteur de valeurs symboliques et matérielles. En Occitanie, où les paysages contrastés – des littoraux aux montagnes, des plaines aux causses – ont façonné des pratiques diversifiées, le bois a été tour à tour un enjeu de subsistance, un levier économique et un pivot dans la produc on architecturale et artisanale. Son étude permet ainsi d’éclairer les logiques de production, de circulation et de patrimonialisation, tout en mettant en lumière les acteurs qui ont structuré sa filière : propriétaires forestiers, exploitants, artisans, marchands, mais aussi institutions chargées de réguler son usage.

Ce numéro souhaite également interroger les permanences et les ruptures dans les rapports au bois, qu’il s’agisse des pratiques d’exploitation fores ère (sylviculture ?), des réseaux de commercialisation ou des savoir-faire dans la transformation en manière à bâtir ou en objet. Comment les sociétés occitanes ont-elles adapté leurs pratiques face aux contraintes environnementales et aux besoins croissants en bois ? Dans quelle mesure les choix des essences, les méthodes de transport ou les techniques de construction reflètent-ils des spécificités régionales, voire locales, ou au contraire des influences extérieures ? Enfin, comment le bois, en tant qu’élément constitutif des paysages et des patrimoines bâtis, a-t-il été valorisé, préservé ou oublié au fil des siècles ?

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Orientations thématiques
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Les contributions pourront aborder ces questions selon plusieurs angles complémentaires, sans se limiter à une approche disciplinaire unique.

Une première piste consiste à examiner le bois comme ressource, en étudiant les modalités de son exploitation et les transformations qu’elle a induites sur les milieux naturels. Les forêts occitanes, loin d’être des espaces immobiles, ont été modelées par les activités humaines, qu’il s’agisse de la gestion des taillis et des futaies, de la conversion de terres agricoles en zones boisées, ou encore de l’extraction de ressources ligneuses dans des milieux variés. Les contributions pourront ainsi explorer les stratégies de gestion mises en œuvre par les communautés locales, les seigneurs ou l’État, ainsi que les conflits d’usage qui en ont découlé, notamment entre bois de chauffage, bois d’œuvre et pâturage. L’étude des cadres juridiques et économiques, comme la Réformation des Eaux et Forêts à l’époque moderne, permettra de saisir comment les sociétés ont tenté de concilier exploitation et préservation, entre droits coutumiers et régulations étatiques.

Une seconde piste concerne le bois en mouvement, c’est-à-dire les défis logistiques posés par son transport et son stockage. Le bois a nécessité des solutions techniques et organisationnelles adaptées aux contraintes socio-environnementales. Les industries consommatrices de bois (charbonnage, métallurgie, construction navale) se sont souvent implantées à proximité des ressources, mais leur approvisionnement a aussi reposé sur des réseaux de circulation parfois lointains, mobilisant flottage, charroi ou mariniers. Les contributions pourront analyser les infrastructures (aménagements et ports fluviaux, routes forestières, entrepôts) et les acteurs (fustiers, muletiers, corporations) qui ont permis son acheminement, ainsi que les organisations sociales qui en ont découlé. Comment ces réseaux ont-ils évolué entre plaines et montagnes, entre zones urbaines et rurales ? Quels ont été les impacts de ces flux sur les paysages et les économies locales ?

Enfin, une troisième piste porte sur le bois mis en œuvre, c’est-à-dire son utilisation dans la construction, l’artisanat et les objets du quotidien. L’Occitanie conserve un patrimoine bâti et artisanal riche, des charpentes médiévales aux menuiseries des XIXe et XXe siècles, en passant par les ouvrages d’art ou les objets mobiliers. Les études pourront s’intéresser aux techniques constructives et aux choix des essences, en interrogeant l’existence de particularismes régionaux ou, au contraire, de dynamiques de standardisation. Elles pourront également mettre en lumière le rôle des artisans – charpentiers, tonneliers, luthiers – dont les savoir-faire ont contribué à façonner les identités locales. Comment ces métiers se sont-ils organisés, transmis et adaptés aux évolutions techniques et économiques ? Dans quelle mesure le bois, en tant que matériau, a-t-il influencé les formes architecturales et les pratiques artisanales en Occitanie ?

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Modalités de soumission
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Le bois comme objet patrimonial est donc au cœur de cet appel à contributions pour Patrimoines du Sud, revue numérique créée en 2015. Son objectif est de présenter des articles de fond sur des thématiques actuelles ayant trait au territoire régional et touchant un large panel de chercheurs et de professionnels des patrimoines.

À cette fin, les articles peuvent revêtir la forme de travaux de synthèse (35 000 signes) ou de courtes contributions portant sur une étude de cas ou une actualité (entre 3 000 et 10 000 signes). Les travaux peuvent être inédits, ou déjà publiés et non traduits en français. L’ambition est de présenter les sujets dans une perspective généraliste, afin de rendre accessible et de faire connaître toute la diversité des patrimoines liés au bois en Occitanie.

Il est à noter que les auteurs peuvent bénéficier de l’aide d’un photographe professionnel et d’une cartographe. Un soin particulier est attendu pour les illustrations (cf. Recommandations aux auteurs).

Le présent appel à contribution est publié le 21 avril 2026. Les propositions de contribution (titre + résumé de 2 000/3 000 signes) sont attendues pour le 1er juin 2026. Les auteurs recevront l’avis du comité de rédaction courant juin.

Les propositions sont à envoyer à la rédaction de la revue à l’adresse : pds@laregion.fr.

Les auteurs dont les propositions ont été retenues devront rendre leur article avant le 30 octobre pour une mise en ligne le 1er avril 2027.
 

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Coordination scientifique
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Le pilotage scientifique de ce numéro est assuré par :

  • Camille Fabre : docteur en histoire, chercheur associé UMR 8596 – Centre Roland Mousnier.
  • Léa Gérardin-Macario : archéologue, chargée d’inventaire du patrimoine (PETR Pays Midi-Quercy), chercheuse associée UMR 5608 – TRACES.
  • Vincent Labbas : archéologue, dendrochronologue, chercheur contractuel (Université de Liège - KIK-IRPA Bruxelles), chercheur associé UMR 5608 – TRACES.
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Bibliographie sélective
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D’Andrea, R., Gérardin-Macario, L., Labbas, V., Saulnier, M., & Poirier, N. (2025). Roofing at the crossroads :  timber procurement for historical roof construction at the confluence of two major waterways in Occitania (France). European Journal of Post-Classical Archaeologies.
Doi :10.69106/pca2025.12

Fabre, C. (2021). Commerce et marchandisation du bois à Toulouse à la fin du Moyen Âge (p. 506p).
Paris : Classiques Garnier.

Girousse, L., Labbas, V., Guibal, F., & Pousthomis, N. (2025). La Maison dite « des consuls » à Mirepoix (Ariège) : étude du bâti d’une maison à couverts en bois. Archéologie du Midi Médiéval, 42.

Gouix, N. (2023). Biodiversité forestière, entre enjeux partagés et oppositions pour sa conservation et l’adaptation des forêts. Pour, 246(2), 83-96.

Jacob-Rousseau, N., Jarrige, N., & Langoureau, D. (2023). Le flottage du bois en Europe. Techniques, sociétés et environnements. Dijon : Presses Universitaires de Dijon.

Py-Saragaglia, V. (Coord.), Saulnier M., Brun C., Burri S., Fabre C., François A.L., Labbas V., Ladet S., Larrieu L., Mazier F., Parilla S., Poirier N. (2024). Pour une archéologie de la forêt. Archéologia (Dijon), 629, (Mars 2024) : 34-47.