Le bâton d'Absalon Partez à la découverte du patrimoine médiéval du Gers sur les pas d'Absalon le pèlerin.
Mallette pédagogique patrimoine du Gard Avec cette mallette pédagogique, la production de la soie dans les Cévennes n'aura plus de secret pour les enfants (cycle 3).
Tautavel, un nouveau musée en projet Image Tautavel, un nouveau musée en projet Résumé Un nouveau musée Tautavel à la hauteur de son histoire et de ses collections.
Présentation du carnet de recherche Image Présentation du carnet de recherche Résumé Le « Carnet de recherche » vous propose de découvrir la recherche en train de se faire !
Image Voyage d'un bas de soie Partager cet article : Ses doigts glissent sur le bas présenté sur l’étal. Quelle douceur, quelle merveille que la finesse de cette soie… Dans le brouhaha de la foire de Beaucaire, au milieu des âpres marchandages et des hennissements de chevaux lointains, elle est à des lieues d’ici, transportée par la beauté de l’ouvrage, par ce bas de soie qui dit tant à celles qui manient l’aiguille, à celles qui ne connaissent sur leurs jambes que le coton ou la laine… Image Assise près de la fenêtre pour profiter au maximum de la lumière du jour en ce début de printemps, elle s’active de ses doigts encore agiles et pique avec précision la douce étoffe renforcée de tulle. Une nouvelle série de bas de soie, produite par l’usine de bonneterie Louis Brun, est arrivée hier, tout droit d’Arre, aux confins du Gard. Là où les filatures poussent comme des champignons, paraît-il. La production de fil de soie est désormais concentrée dans les Cévennes. La filature Ricard au Vigan, Molines à Saint-Jean-du-Gard, la filature du Mazel à Notre-Dame-de-la-Rouvière qui vient de tripler sa capacité de production avec ses nouvelles chaudières et ses 70 bassines, Pelon à Aulas qui l’a un temps employée... Tous ces ateliers se mécanisent peu à peu, donnant encore plus d’ouvrage aux brodeuses. Les faiseurs de bas, qui tenaient leurs propres petits ateliers familiaux, ont rejoint ces usines, tandis que les brodeuses les plus habiles poursuivent à domicile. Elle, ce qu’elle aime, ce sont les motifs complexes, les broderies riches en couleurs, les dessins nouveaux et du meilleur goût, les ajouts de perles, les broderies pleines d’arabesques, les fleurs parfois inspirées de l’Orient… Un penchant qui lui vient sans doute de ses aïlleules, qui lui ont transmis leurs techniques : son arrière-grand-mère déjà était brodeuse, spécialisée dans les bas à la péruvienne qui firent la réputation et la richesse de Nîmes, tant ces bas légers et colorés étaient recherchés par les riches aristocrates de Lima. C’est dire combien la réputation des bas de soie des Cévennes perdure depuis des générations…Pour elle, le bas de filoselle suffit, cette fibre issue des cocons de soie de moindre qualité, dont le fil moins régulier et moins brillant reste accessible : quatre fois moins cher. Rehaussés de quelques petits points élégants de sa confection, ses bas forgent tout de même l’admiration. Mais à regarder ces innovations qui l’une après l’autre changent les métiers, chaudières à vapeur, machines à dévider et torsader le fil de soie, métiers mécaniques, qui sait combien de temps on brodera encore à la main ? Image Image Bas de soie brodés, collection municipale de Ganges. Périn Jean-Michel (c) Inventaire général Région Occitanie Image Filature de soie de Maison Rouge, Saint-Jean-du-Gard. Descossy Michel (c) Inventaire général Région Occitanie Image Elle étala sa récolte de feuilles et retourna voir encore une fois ce qu’il en était des cocons accrochés à leurs balais de bruyère. Ces bouquets suspendus ornés de parfaites petites pelotes ovales et blanches, fibreuses à souhait, avaient quelque chose de fascinant. Pourtant, dès demain, démarrerait la descoconada… Demain, elle allait décoconner, intervenir avant que la chrysalide ne cherche à sortir, avant qu’elle ne brise le précieux fil. Image Désormais les « graines » arrivaient dans de jolies boîtes. On avait trouvé ce moyen, aidé par Pasteur, pour élever des œufs de vers à soie sains, non porteurs de cette terrible maladie qui en avait décimés tant. Les temps avaient changé, fini la couvaison dans le corsage, bien à l’abri sur la poitrine, fini les graines placées au chaud sous l’édredon. La magnanerie était aménagée de claies où les vers à soie allaient grandir, chauffée pour maintenir une température favorable à leur éducation. Pourquoi parler d’éducation et non d’élevage, alors qu’on ne leur enseignait rien à ces chenilles… cela l’avait toujours interrogée ! Toutes ces entreprises, ces milliers de gens qui dépendaient de ces vers, de leur extraordinaire capacité à produire un fil d’un seul tenant, 700 mètres de long, souvent plus d’un kilomètre ! Comment un si petit insecte pouvait-il produire autant et détenir ainsi, par la spécialisation de ses glandes salivaires, le sort des vallées cévenoles ? Ce savoir-faire là n’était pourtant aucunement récompensé... Au printemps donc, les œufs étaient placés en couveuse. On y guettait l’éclosion, ce moment où sortiraient des dizaines de milliers de petits vers à soie. Quatre mues allaient suivre, cinq semaines de nourrissage intensif, à la cadence des mandibules de ces chenilles voraces. Face aux tapis de feuilles de mûriers, sans cesse regarnis, elle les observait souvent, ces chenilles dévoreuses pour qui on avait planté des mûriers à perte de vue, sur la moindre colline, alignés en terrasses. L’heure venue, les vers à soie grimpaient dans les branches de bruyère pour y tisser leur cocon, pensant opérer bien vite leur métamorphose en papillon. Mais c’était sans compter le temps de la descoconada… Synonyme de fête pour les familles réunies autour des brandons, où l’on brûlait la bruyère dégarnie de ses cocons à la Saint-Jean, le décoconage signait la mort de millions de Bombyx mori.Elle aimait se saisir des cocons, les décrocher de leurs branches. Elle était fière quand elle avait là une belle chambrée : quand le ver était sain, le cocon beau, tissé serré, blanc ou crème. Tandis qu’on tuait la chrysalide à l'air chaud dans les étouffoirs, pour stocker la plupart des cocons, elle préparait sa banque, remplissait sa bassine. Le plus dur restait à faire, dans la moiteur de l’atelier : plonger les cocons précieux dans l’eau brûlante, pour ramollir la séricine, une substance collante qui emprisonnait la fibre. Elle était reconnue pour manier l’escoubette d’une main experte, l’agitant dans l’eau, en quête du frison, ce bout du fil extrait du cocon qui allait flotter, s’agglutiner à d’autres, pour devenir le début d’une longue histoire, qui pourrait le mener bien loin... Image Magnanerie des Cambous. Périn Jean-Michel (c) Inventaire général Région Occitanie Image Assise à l’ombre du mûrier, qui domine le jardin de ses 30 mètres de haut, Qiu Jin s’impatiente. Son thé brûlant lui rappelle cette légende de la découverte de la soie… Mais sous son arbre, pas de cocon, juste une longue attente fébrile : celle du retour de son mari parti depuis des mois commercer avec les drapiers et les bonnetiers du sud de la France. Image C’est dans ce pays que désormais se concentre la production mondiale de soie, dans cette région que l’on trouve des bas de soie brodés dont on parle dans les grandes familles de l’empire… Comment son pays qui détient les secrets de la soie depuis 5000 ans - quand l’Europe n’a importé des mûriers blancs qu’au 16e siècle, comment les terres du Levant ont-elles pu se laisser rattraper ?Son époux lui avait raconté combien d’abord l’Italie, puis la France dès Henri IV, avaient peu à peu maîtrisé la production et le tissage de la soie. Comment dès la fin du 18e siècle les marchands de la ville de Nîmes, issus de la diaspora huguenote, avaient organisé à grande échelle leurs exportations vers l’étranger, faisant de la draperie et de la soie leur principal commerce. Lors des grandes foires d’Europe, dont celle de Beaucaire, des marchands d’Asie, d’Inde, d’Amérique du Nord, d’autres encore venus des colonies espagnoles, avaient découvert les luxueuses productions de ce petit pays.Fin connaisseur de la France, son mari lui avait expliqué combien ces dernières décennies, dans les années 1850, la production de cocons avait atteint son apogée dans les Cévennes, allant jusqu'à 13000 tonnes, soit 70 milliards de cocons par an... Combien une véritable civilisation de la soie imprégnait ces campagnes, chaque hameau, chaque maison, le magnan* donnant son nom aux bâtiments, aux éleveuses, devenant l’objet de dictons, chansons, fêtes, redessinant les paysages en plantations de millions de mûriers blancs.Alors, quand arriva la précieuse marchandise et que son mari tendit à Qiu Jin un petit paquet pour célébrer son anniversaire, c’est avec émotion qu’elle défit les ficelles. Elle entrouvrit les feuilles de papier brun pour découvrir une paire de bas de soie, couleur jade, brodés de fleurs de prunier et d’un lézard aux yeux de perles. Une petite étiquette glissa au sol, se posant délicatement sur une feuille de mûrier tombée là. Dessus, une fine écriture : brodé par Marie, Nîmes.*Magnan : nom du ver à soie en occitan. Ouvrez la mallette pédagogique associée à ce récit pour faire découvrir le patrimoine du Gard aux enfants de cycle 3 (CM1-CM2-6e) : Image Faire le quiz sur le patrimoine du Gard : Image Crédits :Texte : Stéphanie Brunon, Luth MédiationsConception, relecture : Christelle Parville et Lisa Caliste, Direction de la Culture et du Patrimoine, Région Occitanie ; Sandra Juan, CIRDOCGraphisme : Gisèle Jacquemet, Luth MédiationsPhotographie de bandeau : Maison Rouge Musée