Une histoire qui commence malle ... Dans l’enquête qui secoue le petit monde des mariniers du canal du Midi, les rebondissements abondent. Que s’est-il passé sur la barque de poste, en ce mois d’avril 1817?
Mallette pédagogique patrimoine de l'Aude Découvrez la mallette pédagogique dédiée au Canal du Midi, un outil ludique et éducatif conçu pour les enfants du cycle 3 afin d’explorer l’histoire et le patrimoine de ce site emblématique.
Tautavel, un nouveau musée en projet Image Tautavel, un nouveau musée en projet Résumé Un nouveau musée Tautavel à la hauteur de son histoire et de ses collections.
Patrimoines du Sud n°24 Image Patrimoines du Sud n°24 Résumé "Le canal du Midi, un réseau hydraulique, un réseau humain"
Présentation du carnet de recherche Image Présentation du carnet de recherche Résumé Le « Carnet de recherche » vous propose de découvrir la recherche en train de se faire !
Image Des raisins et des hommes Partager cet article : En ce début de XXe siècle, alors que c’est surtout la voix des puissants qui résonne, la voix de ceux qui ont tout, notre petite coopérative veut se faire entendre. Dans ce monde nouveau où travailler ne suffit plus, où il faut se tailler une place pour écouler notre production de vin - au risque de mourir, couchés sur nos tonneaux invendus, dans ce monde nouveau, la solidarité changera la donne. J’en étais persuadé. Image Un homme, une voix : qui n’a jamais rêvé d’une représentation aussi égalitaire pour décider d’un avenir commun ? Alors, tous ensemble, on a repris la main pour ne plus subir le monopole des grands propriétaires, tous ces gens venus de l’industrie ou de la finance qui avaient bâti leur fortune sur le vin, en investissant dans d’immenses domaines à une époque où il fallait faire « pisser la vigne », inonder le Midi, répondre à la demande nationale après la crise du phylloxera... On a voulu exister, dire que des petits producteurs étaient là, dans chaque village de l’Hérault, des producteurs qui ne demandaient finalement pas grand-chose : une place pour continuer à vivre de leurs terres. Il s’est passé quelque chose dans nos villages, quelque chose de ténu au début, comme une conscience commune qui s’insinuait dans nos esprits, qui a enflé avec le temps, comme une levure qui levait, nous soulevait, prenait toute la place. Un sentiment que notre monde, enraciné dans la vigne, tellement lié par ses sarments, méritait qu'on s'engage pour lui. Il y a eu Maraussan d’abord, qui a ouvert la voie en 1905, parmi les premières caves coopératives de France. 128 viticulteurs du village autoproclamés « les vignerons libres » ! Le limonadier Elie Cathala avait voyagé, il connaissait d’autres ententes : il a imaginé qu’en se regroupant, on pourrait ainsi mieux vendre notre vin, mais finalement, ce n’était pas ce qu’il nous fallait. C’est la production qui devait être mise en commun : partager les mêmes outils de vinification, bâtir un outil fort, un lieu où stocker, se montrer, dire qu’on existait. Oui, c’est la vinification qui nous a réuni : chacun ses terres, chacun son indépendance, mais notre outil de travail, on l’a imaginé ensemble. Et le négoce aussi, là où on était sûrement les moins forts : il a fallu organiser le transport et vendre dans des circuits, par nous-mêmes. Mon père n’avait que peu de vigne, il produisait ce que l’on buvait. Mes frères et moi, ouvriers dans différents domaines, on a appris, on a acheté quelques lopins pendant six ans pour parvenir à posséder suffisamment de terrains. Des arpents pour changer de statut. Mais d’autres avaient eu le même rêve : posséder des terres, vendre son vin… Sauf que les dés étaient pipés. Les grands domaines hérités tenaient déjà le marché. Pire, des margoulins vendaient du vin trafiqué à coups de kilos de sucre… On se retrouvait submergé, « en surproduction » disait l’Etat, avec tout et n’importe quoi dans la bouteille. Les vins d’Alger arrivaient par bateaux entiers, se diffusaient eux aussi dans tout le pays via le canal du Midi. Image « Les Vignerons libres » - La cave commune - Façade principale. Maraussan (Hérault) sur la voie ferrée. Au verso, état de la progression de la société. 1ère moitié du XXe siècle. Maraussan (34). 2 Fi CP 1443 (c) AD Hérault Image Sète port d’arrivée des vins d’Alger. (c) Reproduction FM 341 Image Cave coopérative de Maraussan (34). (c) Inventaire général Région Occitanie Image J’étais là-bas. J’ai manifesté. J’ai pris part à cette grande marée, cette foule en colère qui s’est déversée dans les rues de Montpellier. Imaginez, on a parlé de plus de 600 000 hommes en ce 9 juin 1907 : c’est dire combien on n’en pouvait plus. Cette année-là, on était à bout. « Aver tan de bon vin e pas poder manjar de pan… » ** « Avoir tant de bon vin et ne pas pouvoir manger de pain », slogan des manifestations de 1907. Tract, manifestation Viticole de Montpellier 9 juin 1907. 2 Fi CP 4037 (c) AD Hérault Dès 1891, le prix du vin avait chuté. Beaucoup de petits viticulteurs étaient ruinés, les ouvriers agricoles au chômage. Et si ce n’était que nous ! Tout le monde se trouvait concerné, les commerçants, les autres activités qui s’effondraient dans notre sillage. Les vendanges de 1906 ne se s’étaient pas vendues… C’était la misère dans tout le Languedoc. Après la manifestation, une loi est sortie pour protéger les vins naturels, donner une définition légale du vin ! Nos maires nous ont suivi : ils ont soutenu la construction de nos caves coopératives. Le temps de se rassembler, de discuter, d’imaginer…, la fièvre des constructions a peu à peu gagné la région : chaque village devait avoir sa cave coopérative ! Il fallait en être, trouver les subsides, convaincre le parlementaire d’aller nous chercher quelque argent à Paris, pour ne pas laisser mourir le pays. Image Les caves ont poussé comme des champignons, à partir des années 1920 : Olonzac, Mudaison, Azillanet, Clermont-l’Hérault, Lodève, la si belle cave de Pinet, la cave monumentale de Florensac, Adissan, avec son plan en fer à cheval... À Agde, le projet de cave coopérative a été lancé en 1923 mais sa construction n’a vu le jour qu’en 1936 : fallait-il être tenace et y croire ! On a parlé du « Midi rouge », sans doute une façon d’illustrer le mélange de nos sensibilités socialistes, à travers cette organisation coopérative qui se structurait, et la couleur de notre production ! On s’est doté de matériel moderne, les architectes ont rivalisé d’idées pour optimiser l’organisation des caves. Peu à peu, on a industrialisé la production viticole avec toute une économie autour des machines, des produits phytosanitaires, des métiers de ceux qui réparaient, vendaient…À côté de l’église et de la mairie, chaque village possédait sa cave, placée en entrée de bourg, bien visible. Toute la vie agricole et commerçante gravitait autour. Et puis, il y avait aussi la distillerie qui nous donnait des revenus, grâce aux restes de la vinification : on produisait des eaux de vie réputées depuis le XVIIIe siècle. Nombre d’entre elles ont été gagnées par l’esprit coopératif : 56 distilleries ont été créées sur ce modèle, dans l’Hérault, entre 1919 et 1929, après celles de Cruzy et de Béziers !Peu de gens peuvent imaginer aujourd’hui ce que représentait la coopérative ; elle réunissait des centaines de vignerons, entre 400 et 600 après la Seconde guerre mondiale ! Il n’y a que chez nous qu’elle a été érigée comme un monument, surtout à partir des années 30, avec des façades majestueuses, des tours-escaliers, de grands chais en béton armé, des décors Art déco… Un village, une cave : cela dit beaucoup de l’immensité de notre vignoble et de notre solidarité paysanne, non ?! * « Avoir tant de bon vin et ne pas pouvoir manger de pain », slogan des manifestations de 1907. Image Le meeting du 9 juin à Montpellier - Défilé Place de la Comédie. 2 Fi CP 4094 (c) AD de l’Hérault Image Coopérative de Villeveyrac : charrettes chargées de raisins attendant devant le bâtiment, 1946. 23 Fi 49/1 (c) AD Hérault Image Comment on l’a rêvé, notre cave, les quais pour réceptionner les vendanges, les cuves pour vinifier, stocker, les bureaux pour gérer cette activité grandissante, recevoir les négociants… On voulait un beau fronton où annoncer la couleur ! Dire qui on était, notre fierté à produire. La coopérative avait choisi Paul Brès, architecte ingénieur qui s’était spécialisé dans les caves et qui pendant 40 ans perfectionna ses idées aux côtés des vignerons. Image Dans les années 30, tout s’était accéléré, pensez, en 1937, 25 nouvelles caves ont été construites dans l’Hérault pour rattraper le retard par rapport aux départements voisins ! Cruzy, Mèze, Aigne, Cessenon-sur-Orb, Capestang, Cazouls-lès-Béziers, Neffies, Nezian-l’Evêque, Poussan, Montaganc, Lespignan, Servian, Autgnac, Montblanc, Maureilhan… Les constructeurs se spécialisaient, rivalisaient d’inventivité. Il y avait Roger Audoux, un ingénieur, les architectes Emile Peyre, Joseph Rouqier, les frères Rodier et Paul Brès. Je l’ai rencontré quelques fois, ce serviteur du monde viticole. Avec lui, l’architecture a véritablement modernisé nos pratiques et notre outil de travail.On a parlé des « cathédrales du vin », tant nos caves coopératives étaient des monuments publics, qui exprimaient la puissance du collectif. La viticulture imprégnait toute notre culture, nos dictons, nos chansons... Grâce à sa prospérité agricole, Béziers était devenu un centre d’affaires mais aussi un lieu de spectacles et de distractions, avec de nombreuses troupes amateurs. Une extraordinaire production théâtrale en occitan emmenait le public dans notre quotidien, parmi les vignes.Dans l’après-guerre, la cathédrale est devenue usine, il fallait faire du volume ! Mais à partir des années 1970, la donne a changé : il se buvait moins de vin de table, et puis le marché s’est ouvert à l’Europe, à d’autres pays producteurs dans le monde. Nos coopératives ont dû revoir leur façon de penser. Avec le temps, l’apparition des appellations d’origine, la recherche de qualité et de singularité, l’envie d’indépendance, des vignerons sont sortis des coopératives. Certaines caves se sont retrouvées vides, abandonnées. Que pouvait-on faire de tels bâtiments ? Aujourd’hui, il en reste tout de même 80 en activité, qui ont su négocier le tournant, vendre leurs propres cuvées, rester solidaires. Alors quand je vois que notre cave est toujours debout, quand je vois tout ce qui s’y fait, combien elle rassemble encore les hommes et les femmes, porte leurs idées, pour toujours plus de qualité, pour faire connaître notre beau village… alors je me dis que cette cave, sera toujours le phare dans la nuit, qui parmi les vignes, rappelle à tous combien le raisin ici, c’est notre vie, combien la terre ici, elle nous fait pousser, elle nous enracine et nous donne de l’élan, combien la coopérative nous rassure dans les temps durs, car c’est notre maison. À tous. Image Distillerie coopérative de Capestang (34). Kérignard Marc (c) Inventaire général Région Occitanie Image Maison de propriétaire exploitant construite en 1930, Aigne (34). Boyer, Amélie (c) Inventaire général Région Occitanie ; (c) Pays Haut Languedoc et Vignobles Image Aujourd'huiLe vignoble du Languedoc Roussilon reste le plus vaste de France. Les vignerons coopérateurs de l'Hérault comptent 80 caves coopératives et 15 000 adhérents. Le nombre d'emplois directement lié aux caves coopératives est de 590 salariés, et de 760 avec les emplois saisonniers. La coopération commercialise toute une palette de vins qui correspond à 70 - 75% de la production départementale.À Aigne ou à Montolieu, dans l’Aude, les caves se sont muées en centres culturels. Image Salle d'exposition du centre culturel La Còla, Aigne (34). (c) Illés Sarkantyu Ouvrez la mallette pédagogique associée à ce récit pour faire découvrir le patrimoine de l'Hérault aux enfants de cycle 3 (CM1-CM2-6e) : Image Faire le quiz sur le patrimoine de l'Hérault : Image Crédits :Texte : Stéphanie Brunon, Luth MédiationsConception, relecture : Christelle Parville et Roland Chabbert, Direction de la Culture et du Patrimoine, Région Occitanie ; Sandra Juan, CIRDOCGraphisme : Gisèle Jacquemet et Loïc Le Gros, Luth MédiationsPhotographie de bandeau : Marc Kérignard (c) Inventaire général, Région Occitanie