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Novembre 1918

Le 11 novembre 1918, l’armistice est signé pour une durée de 36 jours, renouvelables, entre les Alliés et l’Allemagne et à la fin du mois, la France récupère l’Alsace et la Lorraine.

12 juillet 2019
Auteur : Patrick Roques

Les mouvements sociaux, parfois insurrectionnels, éclatent dans de nombreux pays et aboutissent souvent à des changements de régime comme en Allemagne, en Hongrie...

Évènements internationaux

Les Français apprennent la capitulation de la Turquie suivie de l’armistice signée avec l’Autriche le 3 novembre. Puis, suite aux insurrections qui enflamment le pays, le kaiser Guillaume II abdique et la république allemande est proclamée le 9 novembre. Le même jour, les journaux annoncent des négociations au quartier général du maréchal Foch avec "des délégués allemands" : l’armistice est signé avec l’Allemagne le 11 novembre à Rethondes.

Entre-temps, le 7, la Roumanie reprend le combat contre les troupes allemandes. La Hongrie proclame ensuite, le 16 novembre, la république et la Lettonie déclare son indépendance. Enfin, le 23 novembre, le gouvernement belge retourne à Bruxelles.

11 novembre

    

      L’information

"Pavoisez immédiatement, faites illuminer ce soir les édifices publics, faites sonner les cloches à pleine volée et prenez toutes dispositions avec les autorités militaires pour que les salves soient tirées afin de porter à la connaissance des populations la signature de l’armistice." Ce télégramme est envoyé par le ministre de l’Intérieur le 11 novembre 1918 aux préfets qui le diffusent aux mairies. Les journaux étaient officieusement informés dès 9 h de l’armistice signé à 5 h 15. Aussi, publient-ils dès 11 h 30, une demi-heure après le cessez-le-feu, l’information officielle.

      Les réactions

Aussitôt la nouvelle connue, des groupes se forment dans les villes et les villages. Montpellier est parcourue de cortèges ainsi que Narbonne, Perpignan… Des bombes et des pétards détonnent à Béziers et une nouba, musique à base d’instruments traditionnels, "vivement applaudie", est donnée par les tirailleurs sénégalais sur la place du Théâtre.

À midi l’Augustine et les autres cloches des églises toulousaines sonnent, et comme partout en France, les maisons sont pavoisées, des groupes acclament les poilus et les soldats des autres nations, quelques-uns vont aux cimetières honorer les morts. Puis "d’immenses cortèges sillonnent les rues" jusqu’à la nuit,

Gaillac pavoise ses maisons, les drapeaux français et alliées ornent les fenêtres et à 20 h, les édifices publics illuminés, commence la retraite aux lanternes : le cortège avec musique en tête parcourt la ville et les feux de Bengale éclairent la place principale. Ici aussi, les bombes détonnent.

La foule se presse à midi devant la sous-préfecture de Villefranche-de-Rouergue et on s’embrasse, les cloches sonnent, la ville se couvre de drapeaux, des cortèges ici aussi la parcourent. Le soir une retraite au flambeau est organisée, en tête les blessés puis les musiciens et la foule. Le cortège va à la sous-préfecture puis au monument des combattants. Les cafés restent exceptionnellement ouverts pendant toute la soirée.

      Les jours suivants

Le lundi 11 novembre, le ministre de l’Instruction publique donne congé aux écoles l’après-midi et la journée du 12. Les manifestations se succèdent alors : un concert est donné à Montpellier sur l’Esplanade par la musique de la garnison "en l’honneur de la victoire" et à Béziers, plusieurs milliers de personnes se regroupent à 20 h sur les allées Paul Riquet.

À Toulouse, un cortège formé des autorités, des anciens combattants des sociétés civiles et religieuses, des ouvriers, des étudiants… se rend le 17 novembre au cimetière de Terre-Cabade, déposer une couronne au monument du Souvenir français. Un grand concert populaire et patriotique est donné trois jours plus tard à la place du Capitole.

Un film tourné par M. Masquet, directeur des établissements Pathé, rend compte de la journée du 11 novembre fêté à Toulouse. M. Criq est l’opérateur et le film passe au cinéma l’Apollon. "Voilà qui va servir grandement à rappeler à nos arrière-petits-enfants les heures historiques" dit un spectateur.

Les blessés ne sont pas oubliés car, comme à l’hôpital de Villefranche-de-Rouergue, "pour fêter dignement la victoire" l’ordinaire est amélioré grâce à des dons dont un sanglier. Le "Te Deum" retentit à la Collégiale Notre-Dame.

Enfin, le général Pétain est élevé à la dignité de maréchal de France par décret du 21 novembre 1918. Coupable d'indignité nationale pour son rôle au cours de la Seconde Guerre mondiale, il sera condamné le 15 août 1945 à la dégradation nationale.

Agriculture

Les autorités rappellent que les mobilisés agricoles sont d’abord à la disposition des veuves, des femmes et des mères de cultivateurs et ensuite des cultivateurs manquant de main d’œuvre. Elles proposent par ailleurs d’aider, par des avances sans intérêt, les ouvriers agricoles, maîtres-valets et chefs de culture qui souhaitent s’installer pour "reprendre des fermes et mettre en culture des terres abandonnées ou négligées".

Grippe

Une grande majorité de la population ne suit pas les conseils contre la grippe car "trop de personnes pénètrent dans les chambres des malades". Aussi, les médecins rappellent-ils les consignes car l’épidémie n’est pas terminée : le préfet du Tarn prolonge la fermeture des écoles jusqu’au 11 novembre, celui de l’Aveyron jusqu’au 21. Ils décident de fermer les cafés de 7 à 11 h, de 14 à 17 h et à partir de 20 h au lieu de 21 h 30.

Par ailleurs, le ministre de la Guerre annonce que les militaires morts de la grippe sont considérés comme morts en service ce qui est très important pour leurs veuves qui auront ainsi droit à une pension militaire.

Restrictions

L’armistice ne met pas fin aux restrictions. Les nouvelles cartes d’alimentation pour 1919 sont établies pour une durée de six mois et pour dix produits différents. Les distributions de saccharine aux limonadiers, hôteliers et restaurateurs continuent, à Toulouse la municipalité procède le 29 à la vente d’œufs réquisitionnés et le lait, le beurre, les fromages et les pommes de terre sont toujours à des prix réglementés. Les habitants se plaignent toujours de la mauvaise qualité de charbon qu’ils reçoivent, de la "pierre noire" au pouvoir calorifique faible et les autorités annoncent qu’il sera délivré en décembre aux mêmes conditions qu’en novembre.

Municipalité

Le mois de novembre débute avec l’habituelle fête de la Toussaint et la visite aux cimetières. À Toulouse, un cortège formé des autorités civiles et militaires, des anciens combattants et d’une nombreuse foule fleurit les tombes des soldats.

Mais en ce mois de novembre 1918, les Toulousains protestent encore contre les convois funéraires. L’un d’eux raconte que les employés d’un des convois, pour charger un huitième cercueil, ont déposé les sept précédents sur le trottoir ce qui a choqué nombre de personnes. Face à l’opposition de la population, le maire retire sa décision le 14 novembre. Les plaintes concernent également l’insuffisance de l’éclairage public. Elles s’atténuent lorsque le préfet suspend son arrêté relatif aux restrictions de l’éclairage public et privé.

Enfin, Gaillac propose que l’avenue de la gare soit dénommée "avenue Clémenceau", que le square de la gare soit le "square Joffre" et l’avenue Villenouvelle, "l’avenue Foch".

Vers la paix…

L’armistice signé, "les innombrables usines de guerre qui ont fait de Toulouse une grande cité industrielle, arrêtent ou réduisent considérablement leurs fabrications" : le 19 novembre, l’arsenal et la poudrerie cessent le travail de nuit et cette dernière met sa "blanchisserie mécanique moderne" à la disposition des besoins publics. Elle propose aux agriculteurs "d’importantes quantités d’engrais chimique" qu’elle vend à bas prix.

Nos alliés prennent également de telles mesures car les économistes français estiment à près d’un million les ouvriers déjà licenciées des usines anglaises.

Face à ces débuts de reconversions, les habitants de la région demandent que les stocks de charbon des usines de guerre, qui seront maintenant inutilisés, leur soient rapidement distribués. Ils souhaitent également le développement de l’électricité maintenant disponible pour pallier le manque de charbon et de gaz.

Enfin, les journaux sollicitent la suppression de la censure arguant l’armistice et le fait qu’elle n’est imposée qu’aux Français alors que les étrangers, de plus en plus nombreux, peuvent rendre compte librement du conflit.

Réfugiés et retours

Les réfugiés du Sud-Ouest retournent dans les départements du nord et les Français du nord emmenés par les Allemands en Belgique, reviennent à pied chez eux. Dans notre région, les premiers prisonniers arrivent le 23 novembre, en plus grand nombre à partir du 29, au moment où on voit arriver les premiers internés.

 

 

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