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Août 1918

Le 2 août 1918 est le 1 462e jour de guerre : il y a quatre ans débutait la Grande Guerre.

08 juillet 2019
Auteur : Patrick Roques

Entre le 1er août 1914 et le 31 décembre 1918, les dépenses militaires de la France sont évaluées à 147 milliards de francs. Aussi l’épuisement des forces en présence est général et les derniers échecs allemands ouvrent les discussions d’une sortie du conflit : l’empereur d’Autriche souhaite se retirer des hostilités, des offres de paix de l’Allemagne sont faites à l’Amérique, de la Hollande à l’Allemagne…
Ferdinand Foch est élevé à la dignité de maréchal de France par le président Raymond Poincaré. Valentine, village de notre région et berceau d’origine de la famille, envoie ses félicitations au nouveau maréchal.

Armée

La solde des soldats passe de 0,25 à 0,50 F, celle des caporaux de 1,42 à 1,75 F. Mais ce supplément est versé, en ce qui concerne les troupes du front, sur des livrets individuels de la Caisse d’Épargne postale. Les sous-officiers et les officiers, également augmentés, ces mesures entraînent une dépense annuelle de 765 millions de francs à laquelle il faut ajouter le coût des médailles militaires, délivrées gratuitement depuis peu ou remboursées à ceux qui les avaient payées ou à leurs héritiers.

Agriculture

À part l’Hérault, les Hautes-Pyrénées et l’Aveyron, les résultats en blé et seigle entre 1917 et 1918 sont à la hausse dans les autres départements de la région. Et pour remplacer les fourrages et l’avoine, le service du Ravitaillement met à la disposition des agriculteurs un produit appelé "Provende mélassée", mélange de sons, de remoulages et de mélasse. Grâce à leur richesse en saccharose, en hydrates de carbone et à leur teneur en sucre de 23%, les aliments mélassés, peuvent remplacer, à poids égal, 3 ou 4 kg d’avoine. De plus, leur prix est de 53 F les 100 kg.
Enfin, les vendanges se préparent et l’ouverture de la chasse est fixée au 1er septembre pour notre région. Si les militaires sont dispensés de permis, ils devront avoir l’autorisation des propriétaires pour chasser.

Restrictions

Les experts en économie ont calculé qu’entre le premier trimestre de 1911 et le second de 1918, le prix de treize denrées (pain, viande, lard, beurre, œufs, lait, fromages, pommes de terre, haricots, sucre, huile, pétrole et alcool à brûler) a bondi de 132 %.
Parce qu’il est difficile d’avoir du charbon, son coût augmente ce qui entraîne celui du gaz qui passe à 0,33 F le m3. Aussi, la société "Gaz et Electricité" toulousaine informe-t-elle qu’elle ne peut plus faire face, à partir du 24 août, à de nouvelle déclaration d’installation électrique ni de nouvelle demande de branchement.

"La fabrication du pain est suspendue, manque de farine" ces inscriptions sont portées sur l’écriteau fixé sur les devantures fermées des boulangeries de Saint-Gaudens. Le problème est général et les curistes d’Ax-les-Thermes s’en plaignent auprès du préfet. Lorsque ces commerces sont ouverts, les habitants sont mécontents car "depuis quelques temps ils doivent manger du pain d’une mixture infecte", du pain "dans lequel la farine est avariée, pourrie, les fèves fermentent, le tout assaisonné de résidus divers". Les autorités informent que les importations de blés et farines d’Amérique sont faibles, les stocks de 1917 presque épuisés et la récolte de blé de 1918 doit "servir à intensifier l’effort de guerre et notamment à amener en France les troupes qui sont encore à l’entraînement aux États-Unis". Parce que les quantités de farine sont faibles, les stocks de pâtes sont au plus bas.

Les mécontentements

Les incidents se multiplient dans les commerces et sur les marchés car les denrées sont rares et leur prix réglementé n’est pas respecté. Par exemple, la récolte de pommes de terre bat son plein mais on n’en trouve pas car les wagons étant réservés en priorité au "ravitaillement des armées", elles ne sont pas transportées.

Aussi les commerçants, attaqués, dénoncent-ils les négociants : par manque de viande de porc, le syndicat des charcutiers détaillants de Toulouse informe le public qu’il n’est pas en mesure de livrer des produits frais comme les saucisses et viandes. Celui des marchands bouchers de la même ville annonce que les prix imposés par le gouvernement ne sont pas rémunérateurs mais qu’il appliquera les arrêtés et décrets imposés. Plusieurs négociants de Montpellier dénoncent les lenteurs administratives en faisant constater par huissier l’état de centaines de milliers de kg de riz qui pourrissent actuellement sur les quais de Port-Vendres et de Cette. Réquisitionné et payé par l’État, ce riz impropre à la consommation est toujours gardé par de nombreuses sentinelles.

À Gaillac, la distribution de pétrole reçu depuis 17 jours, attend que les bons permettant de l’acheter soient répartis dans les ménages.

Certains contournent tout de même leurs obligations : des meuniers fournissent de la farine aux boulangers sans passer par le bureau permanent, des boulangers livrent le pain sans ticket et des restaurateurs le fournissent sans demander les tickets et en dépassant même les quantités allouées.

Pour le sucre, l’arrondissement de Gaillac n’a encore rien reçu, le 18 août, des 23 000 kg mensuels. En juin, seulement 13 000 kg avaient été distribués, ainsi qu’en juillet alors que les autres arrondissements du Tarn ont eu leur part complète. Dans la Haute-Garonne, on peut avoir une ration supplémentaire de 250 g  en présentant un certificat délivré par le médecin qui atteste une maladie chronique.

Pour "aider le consommateur dans la défense de ses intérêts", les autorités créent un service spécialement chargé de contrôler les prix et l’observation des règlements en matière de ravitaillement. Mais chacun s’interroge sur son efficacité !

Municipalité

Les municipalités, faute de moyens, rencontrent de nombreuses difficultés dans la distribution d’eau : à Villefranche-de-Rouergue, l’eau est ouverte à 6 h 30 au lieu de 6 h, la nuit elle ne coule que pendant une heure, le jour elle est fréquemment coupée, ce qui incommode les habitants qui ne peuvent pas se laver ou en prendre avant de partir travailler. Le mécontentement grandit car la ville vient d’augmenter le prix des concessions : les robinets sur évier passent de 15 à 20 F, les abonnements forfaitaires de 30 à 40 F, ceux à 60 paieront 80 et ceux à 100 paieront 130 F.

À Toulouse, la municipalité annonce fièrement qu’elle a distribué 31 000 m3 d’eau le 19 août mais qu’elle ne peut pas faire plus car "les difficultés d’argent, de main-d’œuvre, de matières premières, de transport […] ajournent l’exécution" de travaux. Le manque d’eau que dénoncent de nombreux Toulousains, est dû, selon la mairie aux abus, aux excès et au gaspillage : aussi décide-t-elle d’agir en la fermant, le 24 août, aux prises de quinze immeubles et, le 29 août, de six autres.

La sécheresse sévit fortement cette année et de nombreux incendies se déclarent : celui du 21 août dans la forêt de Bouconne tombe au plus mal car 7 500 stères de bois de chauffage doivent être exploités et transportés à Toulouse. Dans cette ville, le feu prend même au tablier en bois qui constitue la chaussée du pont Saint-Pierre. Et comme chaque année à pareille époque, de nombreuses noyades se multiplient aux points d’eau, près de la Poudrerie à Toulouse mais aussi à Montauban… Conséquence curieuse de la chaleur, Villefranche-de-Rouergue ferme son cinéma jusqu’au 1er septembre.

Vie chère

À cause de la cherté de la vie et de l’accès difficile aux denrées de première nécessité, les mouvements sociaux sont de plus en plus nombreux : un grand meeting des fonctionnaires est en préparation à Toulouse pour demander le relèvement de l’indemnité du coût de la vie, le syndicat de l’arsenal et de la cartoucherie en organise également un pour les mêmes raisons. Les retraités des chemins de fer toulousains demandent à avoir droit eux-aussi à une augmentation de leur retraite ou une indemnité contre la vie chère.

Même les infirmières militaires se plaignent : elles demandent  un repos hebdomadaire et une indemnité de vie chère que ne veut pas leur donner le sous-secrétaire d’État à la santé au motif qu’elles sont logées et nourries.

Enfin, comme ailleurs dans la région, les consommateurs de Saint-Gaudens se plaignent des accapareurs qui achètent au-dessus du prix réglementé avant le début des marchés, des produits qu’ils revendent ensuite avec de confortables bénéfices. Les clients font appel aux autorités pour que les contrôles soient plus efficaces.

 

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