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Juin 1918

Le 6 juin Louis Franchet d’Espèrey est nommé commandant en chef du front de Salonique par Georges Clémenceau. Il sera élevé à la dignité de maréchal de France le 19 février 1921.

06 juillet 2019
Auteur : Patrick Roques

Les armées britannique et américaine recrutent dans la région : la première embauche des manœuvres et des mécaniciens pour un chantier qui se trouve dans la banlieue toulousaine et la deuxième recherche, "pour une destination inconnue", des terrassiers, charpentiers, menuisiers et maçons payés, logés et nourris qui toucheront une prime de 30 F à la fin de leur contrat de trois mois.

Affaire

La Joconde avait été volée en 1912 par l’italien Vicenzo Perrugia, ouvrier vitrier au musée du Louvre. L’antiquaire florentin Alfredo Geri qui l’avait dénoncé en décembre 1913, demande en ce mois de juin au gouvernement français de lui verser une prime "correspondant à la valeur du portrait", et, en attendant de fixer son montant, exige une provision de 100 000 F.

En juin, les autorités françaises décident que les biens des personnes condamnées pour espionnage seront dorénavant confisqués au profit de la nation. Et, dans la région, deux maires ariégeois sont suspendus un mois car ils ont délivré à tort des tickets de pain et ont négligé la tenue d’un registre.


Agriculture

L’agriculture étant indispensable à la guerre, l’État intervient à tous les niveaux : il demande aux agriculteurs de déclarer leur cheptel, les cultures de céréales et de pommes de terre et de faire état des surfaces ensemencées, avant le 30 juin "sous peine de poursuites". Il contrôle les déclarations ce qui permet aux agents du Ravitaillement de découvrir, dans les environs de Foix, 98 quintaux de blé. Pour faciliter le travail des contrôleurs, les entrepreneurs de battage doivent tenir un carnet mentionnant jour après jour leur activité. L’État, seul acheteur et seul vendeur, fixe les prix : le blé ou le froment est payé 75 F les 100 kg, l’avoine, l’orge, le maïs, le seigle le sarrasin 55 F, le méteil 62 F, le sorgho 50 F, les fèves 68 F et le millet blanc 75 F.

Il intervient dans la distribution des semences, comme le 20 juin en Ariège où 100 quintaux de maïs sont vendus 44,70 F le quintal, et dans la main-d’œuvre : le ministre de l’Armement et des fabrications de guerre décide, pour le temps des fenaisons et de la moisson, d’y affecter jusqu’au 15 août, une partie de la classe 1892 actuellement répartie dans les usines de guerre. Enfin, l’État demande aux maires de recenser les terres et les fermes abandonnées.


Restrictions

Comme celui du Tarn, en prévision du prochain hiver, les préfets demandent aux maires de faire des provisions de charbon sur les faibles quantités qu’ils ont reçues et d’inciter les consommateurs à utiliser plutôt le bois.

Pour le pain, la ration tombe certains jours à 150 g à Mazères et "d’autres jours elle fait défaut". Conscient du problème, le ministre du Ravitaillement intervient en faveur des plus faibles, les mères de quatre enfants et plus reçoivent un supplément de 100 g, et quelques maires comme celui de Fleurance ajoutent des rations aux femmes enceintes, à celles allaitant et aux hommes qui se livrent uniquement aux travaux des champs.

Comme le pétrole et l’essence sont de plus en plus rares, seules les familles n’ayant ni gaz ni électricité sont prioritaires et pour le sucre, il est petit à petit remplacé par la saccharine. Elle est livrée sous forme de comprimés de 1 g dans les pharmacies au prix de 0,35 F. Le sucre ainsi économisé peut servir à la confection de confitures.

Les pommes de terre sont toujours aussi rares et lorsque Gaillac informe de l’acquisition de 10 000 kg et d’autant de riz, les habitants sont heureux de pouvoir en acheter au prix réglementé de 0,90 F.

Vêtement national

Après le "drap national", la "chaussure nationale", on annonce le "vêtement national" qui sera réservé au début aux réfugiés, aux réformés rendus à la vie civile et aux "autres personnes dignes d’intérêt".


Municipalité


De nombreuses villes ont subi depuis le début du conflit une augmentation importante de leur population : Toulouse est passée de 150 000 habitants en 1914 à 220 000 environ en 1918 et Montpellier de 72 500 à 82 000. À Tarbes, de 29 000 on est à 42 000 habitants car l’Arsenal s’est développé et occupe 16 000 ouvriers. Mais le plus souvent, c’est la venue de réfugiés qui accroit la population : 800 vieillards, femmes et enfants évacués de l’Oise arrivent dans l’Aveyron et un train sanitaire de 300 malades dans la région.

Les moratoires de loyers s’étant succédé au cours du conflit, les propriétaires n’en perçoivent plus. Aussi l’État les exonère-il, en totalité ou partiellement, des impôts fonciers, de ceux portant sur les portes et les fenêtres et des taxes assimilées.

Les problèmes persistent également dans d’autres domaines : le manque de médecin incite le sous-secrétaire d’État à la Santé à commander à ceux mobilisés de donner gratuitement des soins aux réfugiés. Autre exemple, parce que la population toulousaine a beaucoup augmenté, la distribution de l’eau est difficile et la municipalité la coupe là où elle la juge secondaire, au cimetière de Terre-Cabade, ce qui mécontente les arroseuses chargées de l’entretien des tombes ainsi que les familles qui les sollicitent ou celles qui viennent arroser les fleurs.

Les budgets sont de plus en plus difficiles à boucler d’autant que les anciennes dettes sont toujours honorées : Saint-Gaudens procède au remboursement, par tirage au sort, de 35 obligations de l’emprunt communal de 1899. Aussi, Gaillac est-elle heureuse d’obtenir 3 120 F de l’armée même si c’est en raison des dégâts faits par la troupe aux bâtiments communaux.


Œuvres

L’œuvre de "la Maison du soldat" met en garde les Toulousains car des individus vendent indûment des cartes postales en son nom.

D’autres œuvres se mobilisent pour recevoir les enfants du nord de la France qui, comme leurs parents, subissent les bombardements allemands. Les familles de cheminots de la région accueillent ceux de leurs collègues restés en poste. Elles proposent un prix de pension, généralement modique, et chaque enfant arrive accompagné d’un certificat médical. Autre initiative, le conseil général du Lot subventionne une œuvre locale qui a recueilli 500 jeunes. Même les familles espagnoles de Barcelone se proposent pour recevoir chez elles une "cinquantaine de petits Parisiens dès que la frontière sera ouverte". Quant à l’office départemental des pupilles de la nation, il informe que sur plus de 2 000 demandes d’adoption, 200 ont été prononcées.

Enfin, la sécurité étant omniprésente, les hôteliers ou les particuliers ayant reçu à la suite de ces événements des habitants du nord, sont tenus d’indiquer leurs identités.


Vie chère


En réponse à la vie chère, Condom met en place un comité d’arrondissement de ravitaillement qui, centralisant les demandes des maires, doit faciliter les livraisons dans le but d’atténuer "la surenchère sur les marchés pour le plus grand profit des producteurs et des marchands qui ne respectent pas les prix réglementés".

À Toulouse, la municipalité relève d’un tiers les salaires du premier secrétaire de mairie, du receveur municipal et du chef de l’octroi et d’un franc par jour ceux des autres agents.

Mais c’est généralement grâce au mouvement syndical que les salaires augmentent : le syndicat de l’arsenal et de la cartoucherie demande le relèvement de ceux bien faibles des gardiennes de crèche et de l’ensemble des agents. Il remercie par ailleurs le ministre d’avoir refusé le licenciement des ouvriers de l’entreprise et il souhaite un service médical de qualité car quatre médecins seulement "assurent avec grande difficulté un service pour 15 000 personnes".

 

 

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