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Novembre 1917

Le 15 novembre, le gouvernement Painlevé renversé est remplacé par celui de Georges Clémenceau et le 17 novembre décède le célèbre sculpteur Auguste Rodin.

13 juin 2019
Auteur : Patrick Roques

Le 26 novembre l'État lance son troisième emprunt de la Défense nationale.
En Russie, le 7 novembre (le 25 octobre pour les Russes) débute la révolution d’Octobre. Le gouvernement bolchévique est au pouvoir le lendemain, l’assemblée constituante est élue le 25 et le 26 le pays signe un armistice avec l’Allemagne, la trahison des "maximalistes" ! 

 

Emprunt

Le troisième emprunt français, de 4%, est exempt d’impôts et garanti contre toute conversion avant le 1er janvier 1943. La souscription ouverte le 26 novembre sera close le 16 décembre 1917. Aussitôt les autorités lancent un appel aux populations, l’Église exhorte les catholiques à souscrire et les instituteurs se transforment en agents de propagande, devant faire "une semaine de l’emprunt" à l’école. Les membres de comités départementaux de l’emprunt sont mis en place et les Caisses d’Épargne, comme celle de Foix, et les bureaux de poste annoncent leur ouverture tous les jours. Même les sociétés comme la société d’agriculture de l’Ariège incitent à l’emprunt.
À cette occasion, des congés sans solde de deux mois sont proposés aux mobilisés, agents de change et commis d’agents de change, aux banquiers et aux employés de banques et de crédits ainsi qu’aux notaires.

La Toussaint


Le 1er novembre, Toulouse rend hommage aux morts de la Grande Guerre : un cortège se forme boulevard de la Gare avec les troupes, les mutilés, les autorités et la presse, les comités et les œuvres, les anciens combattants, les sociétés et les associations, les écoles et une nombreuse foule. Il se rend au monument des Mobiles de Belfort et du Souvenir français puis au cimetière de Terre-Cabade, au carré réservé aux soldats morts. 114 tombes étaient surmontées avant-guerre d’un monument d’une valeur de 90 F. Mais le coût de chaque édicule étant élevé ainsi que le nombre de soldats – 900 – inhumés depuis le début du conflit, le Souvenir français décide d’entourer les nouvelles tombes de briques. Pour la Toussaint, l’association les a fleuries et a ajouté un nœud alsacien tricolore sur chaque emblème religieux.

À Carcassonne, les cérémonies débutent le matin par une messe. L’après-midi, le cortège formé devant la mairie rejoint le monument des Audois puis se rend au cimetière Saint-Michel, déposer des fleurs sur les tombes des militaires.


Affaires

Dans l’affaire Almeyrada, le sergent Paix-Séailles est accusé d’avoir divulgué à l’ennemi des documents secrets concernant l’armée d’Orient. Comme il était subordonné à Paul Painlevé, ancien président du Conseil récemment renversé, ce dernier, convoqué, se présente devant le tribunal le 26 novembre.


Dans l’affaire Bolo, c’est le premier président Monier qui est frappé de déchéance par la cour de cassation en raison de ses relations avec monsieur Bolo : il a signé, étant alors en activités, un contrat pour obtenir la présidence du conseil d’administration du Journal après avoir quitté ses fonctions judicaires.


Enfin, Michelson Guz, condamné pour espionnage, complicité et intelligence avec l’ennemi pour avoir livré des documents militaires, est passé par les armes le 19 novembre.

Restrictions

Le gouvernement se trouvant dans la "nécessité urgente de rationner", décide de se constituer acheteur de toutes les céréales du marché français comme il l’est déjà des céréales importées. Il augmente le prix du blé de 50 F en 1917 à 60 en 1918 et il réserve les gâteaux et la pâtisserie aux seuls pâtissiers et non aux boulangers qui devront choisir leur profession.
Par ailleurs, par manque de main-d’œuvre, le bois devient rare : aussi Carcassonne limite-t-elle la distribution de fagots à cinq par famille et le maire de Saint-Girons, interpellé par les habitants, interdit-il la "vente de bois de chauffage à la charretée ou au coup d’œil". Il demande que les ventes se fassent au volume ou au poids, le bois dit "charge d’âne" et les fagots n’étant pas visés par cette mesure.

À Toulouse, la ville a constitué un stock de bois de chauffage au terrain Maury qu’elle met en vente au prix de 8 F les 100 kg, quantité qui ne peut pas être dépassée.
C’est encore le manque de main-d’œuvre qui est la cause de la diminution de la culture du tabac. Comme les importations ont faibli et que la consommation a augmenté de 50%, surtout dans la zone des armées, les restrictions s’imposent.

Pour le charbon les plaintes des professionnels affluent à Villefranche-de-Rouergue car les quantités demandées ne correspondent pas à celles reçues. À Gaillac, la mairie ayant 7 t alors qu’elle en avait commandé 70, procède à une première distribution limitée à 90 kg par famille.
Quant à l’essence, en raison de la diminution des stocks, les autorités annulent les distributions jusqu’à nouvel ordre et réduisent les besoins publics.

Les pommes de terre et les haricots sont devenus rares sur les marchés depuis que leur prix a été réglementé. On en trouve d’une manière clandestine mais à un prix beaucoup plus élevé : aussi, les acheteurs demandent-ils de réquisitionner ces denrées. En revanche le prix du vin diminue depuis la récente loi sur les piquettes qui autorise leur mise sur le marché et l’entrée des vins algériens en France : à Béziers il tombe de 105 à 88 F et à Montpellier les vins de 8° sont à 85 et 90 F seulement. L’exportation est interdite "par suite de la pénurie habituelle du matériel servant au transport".

 

Vie chère et "poêle populaire"

Les autorités accordent une prime de cherté de vie pour les usines de guerre de la mécanique, la métallurgie, l’aviation et la voiture : elle est de 1 F par jour pour les ouvriers qui gagnent moins de 9 F et 0,50 F pour ceux entre 9 et 12 F. Les journées sont de 10 h et les salaires des ouvrières professionnelles "se rapprochent dans une large mesure de ceux des ouvriers professionnels". Mais suite à la diminution des heures de travail et à l’augmentation de vie chère, le syndicat régional de l’Arsenal demande un relèvement des salaires comme il l’a fait dans la région parisienne. Il réclame l’allocation temporaire de 1  F par jour pour les retraités qui touchent moins de 1 800 F.


Dans le but d’économiser le bois dans les cheminées au rendement défectueux, le ministère de l’armement et des fabrications de guerre lance la fabrication de "10 000 poêles populaires à bois système Guillery, breveté SGDG". En vente prochainement, de 55 à 65 F, ils sont proposés en trois modèles d’un poids de 25 à 30 kg en tôle forte. Les poêles sont étudiés pour consommer entre 5 et 10 kg de bois par jour et pour avoir une grande durée de vie. Les consommateurs demandent aussitôt des tuyaux !


Tout est cher : aussi la décision des marchands d’eaux minérales et des pharmaciens de reprendre les bouteilles en verre pour 0,15 F ravit-elle les consommateurs même si cette décision répond à la pénurie de bouteilles vides.

Municipalités

Depuis quelques jours, les agents du fisc passent de maison en maison pour établir la liste des locataires non mobilisés qui sont soumis à la taxe de guerre : d’un montant de 12 F plus 25% de l’impôt sur le revenu, elle ne concerne pas les blessés, les malades ou les pères de quatre enfants et plus. D’autres personnes visitent également les maisons particulières : comme chaque année les agents de police accompagnés de ramoneurs vérifient si le ramonage des cheminées a été effectué.

À Auch, une odeur aigre dérange les habitants : elle provient de l’entrepôt de blé de l’administration : des centaines d’hectolitres fermentent en pure perte et ce, depuis plusieurs semaines. À Toulouse, les plaintes proviennent des habitants proches de la gare Roguet qui trouvent les abords impraticables : les nombreuses flaques d’eau, la boue et les dépôts et obstacles en tous genres sont à l’origine d’accidents. Dans cette ville, c’est également l’inertie des autorités qui est en cause : les Toulousains dénoncent au préfet les négociants en gros du marché qui n’appliquent pas les prix réglementés comme les pommes de terres vendues à 18 F les 100 kg, "sous l’œil bienveillant de la police", alors qu’elles devraient l’être à 16 F.

C’est enfin l’office de l’activité féminine de la Haute-Garonne qui propose aux pâtissiers de vendre des repas chauds à emporter. Au moment où ils rencontrent de grandes difficultés (restrictions, fermetures…) ils pourraient développer leur activité en répondant aux besoins d’économies de chauffage et d’achat de produits pour les familles qui s’inscriraient.

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