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Août 1917

Le 2 août 1917 est le 3e anniversaire du début de la Grande Guerre. Pour les soldats français c’est l’occasion d’une brisque (galon en forme d’accent circonflexe) supplémentaire : la première est obtenue au bout d’un an de présence au front puis les autres tous les six mois.

09 avril 2019
Auteur : Patrick Roques

À Toulouse, une catastrophe se produit le 10 août, l’incendie du Grand Théâtre du Capitole.
Après avoir rompu en février 1917 ses relations avec l’Allemagne et l’Autriche, le 14 août la Chine leur déclare la guerre.

 

Théâtre du Capitole


Le théâtre du Capitole est détruit par un incendie : le feu a pris dans les coulisses et les combles le 10 août à 14 h. Les loges des artistes, la bibliothèque, les vestiaires et les salles réservées au corps de ballet et à la figuration sont préservés. Après l’incendie se pose la question de savoir si on va reconstruire le théâtre à côté de la mairie et quelles sont les causes de la catastrophe. L’enquête débute et l’émotion des Toulousains est grande. Aussitôt le théâtre des Nouveautés propose aux acteurs de Faust de venir se produire à 20 h ce soir.
La première pierre posée le 7 janvier 1817, le théâtre avait subi une profonde rénovation en 1880, œuvre des ingénieurs Dieulafoy puis Bonnafous, pour plus de 2 millions de F.


Drap national, chaussure nationale


Dans le souci d’offrir des produits de première nécessité à moindre coût, le gouvernement annonçait le mois dernier la création du "drap national" sensiblement moins cher que celui vendu. Mi coton, mi laine, le tissu réalisé à partir de morceaux de chiffons est alors appelé "Renaissance".
Le 6 août, les autorités informent que la "chaussure nationale" est prête : quatre modèles sont réalisés, le type hommes d’un coût de 28 F, dames à 23 F, fillettes et garçonnets à 18 F puis enfants à 16 F. Elles envisagent la fabrication de 500 000 paires de chaussures par mois.
Dans le même esprit, en vue de diminuer la consommation de tous les tissus et d’en réduire les importations, la chambre syndicale de la couture parisienne décide à son tour de s’adapter aux conditions du moment en réalisant des robes d’hiver étroites.


Armée


Les militaires en permission pourront dorénavant "bénéficier de la double destination" c’est-à-dire qu’ils pourront se rendre à leur destination principale mais aussi dans les localités où ils ont des affaires. Les délais de route sont toujours calculés d’après la destination principale. Les autorités définissent ensuite le nouveau régime des permissions exceptionnelles : de trois jours, délais de route non compris, elles sont accordées à l’occasion d’un décès ou d’une maladie grave du père, de la mère, de la femme ou d’un enfant de militaire, de la mort d’un frère mobilisé ou pour visiter un frère blessé et pour la naissance d’un enfant.
Enfin, l’armée crée un insigne distinguant les militaires des services auxiliaires blessés au front. Comme toujours, les informations le concernant sont très précises : c’est un écusson en drap garance, de 4 cm sur 5 sur lequel sont portées les lettres "A" et "X". Il est placé sur la manche droite de la vareuse ou de la capote, à 1 cm au-dessous du ou des chevrons de blessure.


Charbon


Les autorités annoncent que lors du recensement de besoin en charbon, le nombre de fausses déclarations étant relativement important, (des personnes déclarent par exemple qu’elles ne sont pas abonnées au gaz alors qu’elles le sont), des enquêtes approfondies vont être menées et des sanctions prises. Car la carte de charbon est en préparation : Toulouse qui recevra en août 2 700 tonnes de charbon informe que chaque famille aura 100 kg à 8 F ou à 9 F si livrés. Lorsque la carte sera établie, la mairie rappelle que la quantité sera fonction de la composition du ménage et des livraisons faites à la ville.


Municipalités


Le préfet de l’Hérault avait interdit au début du conflit, "l’exhibition et la vente sur la voie publique de drapeaux et d’insignes aux couleurs nationales revêtus d’un emblème quelconque" en l’occurrence le Sacré-Cœur de Jésus ou la croix latine. Une plainte avait été déposée contre lui et avait abouti au Conseil d’État qui lui donne raison le 11 août.
À Toulouse, l’eau fait toujours débat. La situation ne s’est pas améliorée malgré les nouvelles canalisations mises en place et les autorités demandent toujours de la faire bouillir "alors que le combustible est hors de prix". De plus, elle n’arrive pas aux étages de 6 h à 22 h mais "est utilisée copieusement dans les parcs et jardins et sur les boulevards". À Lézat, les habitants se plaignent de rester sans journaux pendant trois jours, sans viande pendant deux jours et avec un service postal irrégulier "et ce à 42 km seulement de Toulouse ! ".
Enfin les enfants sont fortement incités à ramasser les châtaignes et marrons qui, s’ils ne servent pas à l’alimentation, seront adressés aux usines de guerre qui paieront 0,08 F le kg (poids sec).
Le Gers fait le bilan de trois ans de guerre : pour 222 000 habitants que compte le département, 66,6 millions ont été versés depuis le début de la guerre soit 300 F par tête. Le Gers a reversé aux deux emprunts et aux bons et obligations 62,4 millions de francs.


Affaires


Miguel Almereyda, originaire de Béziers, journaliste anarchiste, antimilitariste est le cofondateur de La Guerre sociale puis du Bonnet rouge. Suite à l’arrestation à la frontière suisse d’Émile Duval rédacteur au Bonnet rouge et porteur d’un chèque de 150 000 F, Miguel Almereyda est soupçonné de travailler pour les autorités allemandes. La parution du Bonnet rouge est aussitôt suspendue, Almereyda arrêté est incarcéré à Fresnes ou il meurt étranglé avec ses lacets. Les experts concluent dans un premier temps au suicide avec quelques réserves. Mais l’affaire, qui devient rapidement "l’affaire du chèque", entraînera la démission le 31 août du ministre de l’Intérieur Louis Malvy car le ministère avait subventionné le Bonnet rouge. Cette démission entraînera la chute, le mois suivant, du gouvernement Ribot.


Pain


Le carnet du pain nouvellement diffusé est à double feuille : le nombre de consommateurs est indiqué, adultes et enfants de plus de sept ans, sur l’une. Ils ont droit à 500 g de pain quotidien par adulte et 300 g par enfant de 1 à 6 ans avec une ration de farine de 350 g pour les moins de 3 ans. Une ration de 200 g pourra être portée pour les personnes qui la déclareront indispensable à leur alimentation et une deuxième de 200 g pour les personnes exerçant une profession active. Celles qui mangent au restaurant ont des rations réduites à 300 g ou 100 g pour les deux repas. Les chefs ou directeurs d’établissements (hôpitaux, éducation…) recevront un carnet collectif comme pour les restaurants, hôtels… Les cultivateurs qui cuisent le pain eux-mêmes n’auront pas de carnet. La deuxième feuille est donnée au boulanger choisi.
Par ailleurs, le mélange de la pomme de terre à la farine pour fabriquer du pain s’avérant concluantes, il est décidé de généralisé l'expérience."


Manifestations


Les grèves du mois dernier ont laissé des traces et les syndicats menacent de recourir à nouveau à des arrêts de travail notamment à la Poudrerie : ils protestent contre l’abus des punitions appliquées contre certains grévistes, quelques-unes étant très graves avec de la prison, des renvois au front ou des licenciements pour le personnel civil, sans qu’une défense ne soit présentée ce qui ouvre la voie à tout arbitraire. Ils demandent également de meilleurs salaires.
Par ailleurs, c’est le deuxième cas connu de "propagande défaitiste" qui se produit dans la région. La première fois un homme qui diffusait des tracts pacifistes a été arrêté, cette fois c’est une institutrice qui est face à la justice : elle est laissée en liberté.

 

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