Recherche en cours...


Juin 1917

Le 12 juin, la Grèce déclare la guerre à l'Allemagne, à l'Autriche-Hongrie, à la Bulgarie et à l'Empire ottoman.

18 mars 2019
Auteur : Patrick Roques

À la fin du mois débarquent à Saint-Nazaire les premières troupes américaines, accueillies comme il se doit. Les pilotes de l’American Expeditionary Force (AEF) utiliseront le Nieuport 28, avion de chasse français qui réalise son premier vol le 14 juin 1917.

 

Main-d’œuvre

Le gouvernement étend les sursis à tous les militaires qui exerçaient la profession de mineurs, nombre estimé à 20 000, et même aux ardoisiers. Cette main-d’œuvre est renforcée le 25 juin par 1 500 mineurs anglais. 

Quelques comités départementaux d’action économique demandent que soit rapidement voté l’enseignement technique obligatoire pour pallier le manque d’apprentis dans l’industrie et le commerce. 

 

Mouvements sociaux

Le ministre de l’Intérieur, Louis Malvy, est à l’origine de l’accord intervenu entre les chambres syndicales et patronales de la restauration et l’épicerie. Mais malgré les nombreuses reprises du travail, les grèves continuent : les cheminots de la fédération nationale de Toulouse demandent des augmentations de salaire à leur compagnie et un salaire minimum de 150 F par mois. Les mineurs ajoutent à ces demandes, le remplacement du contrôle militaire par un contrôle mixte et l’organisation du travail par trois équipes de huit heures. Le 15 juin, la commission des établissements de la poudrerie et de l’arsenal adopte un règlement qui vise à réduire les écarts de salaires et les inégalités pour une même tâche entre salariés : les ouvrières peuvent reprendre le travail. 

Parfois, le patronat fait pression sur les autorités comme la direction de Say qui ne veut augmenter ses ouvrières en grève que lorsque le prix du sucre, réglementé, sera relevé. D’autres fois, c’est la chambre syndicale qui accorde une augmentation avant un mouvement social comme celle des ouvriers maçons lorsqu’elle porte l’heure de travail de 0,75 F à 0,85 F. C’est également le gouvernement qui fait un geste envers ses militaires, allouant une indemnité journalière de 1 F aux gendarmes. 

Pour limiter les mouvements, il publie le 11 juin, une loi qui reconnaît le repos du samedi après-midi, "la semaine anglaise", aux seules "ouvrières de tous âges".

Il évite ainsi les manifestations parfois violentes comme celle de la "soirée de désordres" du 13 juin à Toulouse : des personnels des établissements de guerre manifestent dans la cour de la gare Matabiau. Deux manifestants sont arrêtés, le premier parce qu’il a blessé le cheval d’un officier chargé du maintien de l’ordre et le deuxième parce qu’il a pris une part active aux désordres. Tous deux, Espagnols, sont rapidement expulsés.

 

Municipalité

Les autorités veillent au respect de l’interdiction faite à tout cafetier et débitant de boissons d’employer ses enfants ou des mineurs de moins de 18 ans. Les filles de plus de 18 ans doivent présenter un certificat de bonnes vie et mœurs. Les devantures vitrées de cafés ne peuvent pas être occultées par des rideaux, carreaux et vitraux opaques ce qui empêcherait toute surveillance. Les clients ne doivent donc pas être reçus dans des arrière-salles et les femmes et les filles employées ne peuvent pas s’asseoir et boire avec eux. Bien sûr, ces lieux n’accueillent pas les femmes de débauche interdites aussi aux abords de gares, casernes, établissements d’instruction et de cultes, squares, marchés, promenades… Les hôteliers et les logeurs ne peuvent ni recevoir ni loger ces femmes inscrites sur le registre spécial si elles ne justifient pas des dispositions réglementaires notamment en ce qui concerne les visites sanitaires obligatoires. Le syndicat des limonadiers rappelle de son côté à ses adhérents que la consommation de vins et des spiritueux et leur vente "aux indigènes de toute origine", travailleurs chinois etc… sont interdites. 

Enfin, en juin l’année scolaire se termine avec les distributions de prix sauf à Gaillac et dans quelques autres villes où cette tradition est supprimée : les maires préfèrent réserver les crédits aux fournitures scolaires dont le coût a encore augmenté.

 

Œuvres

Le ministre de la Guerre appelle les œuvres de guerre à la plus grande prudence : quelques militaires exploitent habilement les associations en obtenant plusieurs marraines de guerre ce qui leur permet de recevoir plusieurs colis d’habillement et d’alimentation dont ils en font commerce. Cela ne freine pas l’ardeur de l’œuvre toulousaine "de recherche des disparus et d’assistance aux prisonniers du Midi" qui demande des volontaires, dames et jeunes filles, disposant de 3 ou 4 h par jour pour expédier des colis dans les camps allemands et pour tenir des écritures. Les messieurs sont recherchés pour organiser la semaine de l’œuvre.

"Encore une journée" disent certains : la "journée d’Afrique et des troupes coloniales" est organisée le 10 juin dans le Gers avec les habituelles quêteuses qui offriront les non moins habituelles insignes artistiques : une tombola est ouverte avec les billets au prix de 0,50 F chacun et le gros lot est une rente de 5 000 F offerte par les Banques de France, d’Algérie, d’Indochine, Rothschild, le Crédit Lyonnais…. Dans d’autres lieux cette journée se tient le 17 ou le 24 juin, toujours un dimanche.

À Toulouse, le "foyer du mutilé" est créé : on y trouve des offres et des demandes d’emplois et des renseignements sur les pensions, les gratifications, les décorations… Les mutilés de la Grande Guerre ont également constitué une chorale, "l’héroïque méridionale". 

 

Ravitaillement

Les déclarations de stocks de céréales s’avérant peu fiables, le ministre du Ravitaillement décide de demander des perquisitions dans toutes les exploitations agricoles qui pourraient en contenir. Il menace de saisir immédiatement les blés qui seront alors payés à 33 F le quintal.

Il prévoit à la fin du mois d’autoriser une distribution spéciale de sucre, en vue de la préparation de confitures, à raison de 500 gr par membre de chaque famille et la délivrance aura lieu à partir du samedi 23 juin, soit dans chaque mairie, soit dans les écoles publiques.

 

Restrictions

Les restrictions touchent tous les domaines, notamment celui du gaz : le ministre du Ravitaillement décide d’interrompre sa distribution tous les jours de 8 h 30 à 10 h 30 et de 14 h à 17 h 30 puis de 21 h à 4 h 30, sauf dérogations. Il restreint l’usage de l’eau chaude dans les hôtels et immeubles particuliers au samedi et au dimanche seulement.

Pour le pain de guerre, on lui reproche d’être peu savoureux, indigeste et le son incorporé d’être inassimilable par l’organisme. Il est vrai que les boulangers doivent, dès le 18 juin, le fabriquer à partir de blutage à 85% et de farine de froment additionnée à 10% d’autres farines telles celles de riz, de maïs et d’orge. Comme à Gaillac, les habitants se plaignent en plus, de trouver dans le pain des pierres finement broyées et d’autres impuretés car certains boulangers emploient de la farine provenant de blés non nettoyés. Les mécontents demandent que des contrôles soient effectués.

Enfin, à Toulouse l’éclairage public est "presque complètement supprimé en ce qui concerne l’électricité", réduit des 2/3 pour le gaz. Pour réaliser des économies, la distribution d’eau est suspendue de 22 h à 5 h et, à Saint-Girons comme dans de nombreuses autres villes, c’est le tabac qui manque : les fumeurs y perdent mais "il est très évident que l’État" aussi.

 

Brigandages

En cette période, les brigandages paraissent de plus en plus nombreux : vols de bicyclettes sur la voie publique, vols de produits dans les wagons de marchandises, vols de légumes dans les jardins, de fruits dans les vergers, d’animaux dans les basses-cours, les poulaillers… Les pickpockets sévissent à Villefranche-de-Rouergue à la foire dite "foire des laines" du 20 juin et les autorités mettent en garde contre la recrudescence de cambriolages.

Le 19 juin, 400 000 F sont dérobés à Béziers à M. Cavaillé, employé à la recette des finances : revenant de la banque de France, il a été attaqué par trois individus à l’angle de la rue de Lignan. L’émotion est profonde dans la région et le soulagement grand lorsque le lendemain, l’un des trois agresseurs est arrêté.

 

Informations complémentaires