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Avril 1917

Le 6 avril, les États-Unis déclarent la guerre à l’Allemagne suivis le lendemain par Cuba. Aussi, le gouvernement français ordonne-t-il aux préfets de pavoiser le 8 avril les monuments et édifices aux couleurs de l’Amérique. Le 16 avril, un char d’assaut français participe pour la première fois aux combats, ceux de l’offensive au Chemin des Dames.

18 mars 2019
Auteur : Patrick Roques

Armée

Pour les futurs militaires désirant servir comme cyclistes plantons, agents de liaison ou mieux cyclistes combattants, l’Union vélocipédique de France organise un brevet militaire à Toulouse le 9 avril. Le départ est donné à 14 h 30 "de la borne kilométrique n°3 après le passage à niveau de Saint-Agne" vers Carcassonne et les 50 km doivent être parcourus en moins de 2 h 30. 

Pour les militaires en permission, le ministre de la Guerre leur donne l’autorisation de travailler dans les usines de guerre.

 

Restrictions

  •     Pain

Au début du mois, le gouvernement recense toutes les céréales nécessaires à la fabrication du pain. Des essais sont réalisés en vue de mélanger d’autres farines à celle du blé. À Toulouse le prix du pain est réglementé à 0,50 F pour les flûtes de 900 g au moins et le pain "boulot" de forme ronde est vendu en 1,2 kg, 2,4 kg ou 4,8 kg.  

  •     Sucre

Les autorités adaptent les carnets de sucre aux cas particuliers, aux mariniers toujours en déplacement, aux militaires permissionnaires ou aux pensionnaires et demi-pensionnaires des établissements éducatifs. La quantité de sucre est proportionnelle à leur temps de permission. Nos prisonniers de guerre auront 250 g par mois.

Si la carte de sucre donne droit à une certaine quantité, il faut tout de même qu’il y en ait ce qui n’est pas encore le cas dans le Gers ou à Bagnères-de-Luchon : le 4 avril, la ville reçoit seulement la quantité de la période du 21 au 31 mars. 

  •     Pommes de terre

Depuis la suppression du prix réglementé de la pomme de terre, son coût augmente significativement et elle devient rare. Les protestations des producteurs, des négociants et surtout des consommateurs amènent le gouvernement à suspendre, le 13 avril, cette mesure. 

  •     Viandes

Constatant la diminution des arrivages de viandes congelées et la baisse du cheptel bovin français (il passe de 14,5 millions en 1914 à 12,5 millions en 1917), le ministre du Ravitaillement interdit jusqu’au 1er juin, la consommation de la viande le jeudi dans les lieux de restauration. Les boucheries, triperies, charcuteries sont alors fermées ce jour ainsi que les abattoirs, du mardi 23 h au vendredi 6 h. Ce décret est remplacé par celui du 25 avril, qui interdit la consommation de viande aux repas servis après 18 h sauf les dimanches et ferme les boucheries, charcuteries, triperies, rayons de viandes… tous les jours à partir de 13 h. Ces "mesures restrictives [qui] ne sont appliquées qu’à la population civile", mécontentent les ouvriers qui travaillent la nuit dans les usines de guerre, celle par exemple qui fabrique jour et nuit des obus à Foix. 

Dans l’Ariège, le préfet demande à la population de modérer ses besoins en "viande bovine réservée aux armées" en lui substituant autant que possible la viande de mouton.  

  •     Essence

Le gouvernement annonce des restriction sur l’essence en réservant des "bons de consommation" aux services et transports publics et à la défense nationale et des "cartes d’essence" aux particuliers (chauffage, éclairage). Dans ce cas, la carte est établie par le commissaire ou le maire et une même famille ne peut obtenir qu’un litre par quinzaine. Les "cartes d’essence" destinées aux propriétaires de véhicules à moteur, délivrées en préfecture, sont valides trois mois et coûtent 2 F. Les 10 litres quotidiens sont rapidement limités à 40 litres par semaine. 

  •     Charbon

Les mines du Nord étant en territoire occupé, la production de charbon est de seulement 20 millions de tonnes : les grands réseaux de transport ferré absorbent à eux seuls la production mensuelle de Carmaux. Si la compagnie du Sud-Ouest arrive encore à fonctionner, avec grande difficulté, ce n’est pas le cas de nombreux réseaux secondaires. 

  •     Autres produits...

 

Face au mécontentement de consommateurs et du syndicat de l’alimentation, le ministre du ravitaillement autorise un plat d’abattis dans les restaurants en sus des neuf plats réglementaires. En revanche, il interdit la fabrication et la mise en vente de pâtisserie fraîche, celle qui doit être consommée dans les quatre jours de sa confection.

 

Municipalités

La boucherie municipale de la halle Victor-Hugo rencontrant un grand succès, le maire de Toulouse informe la population qu’une deuxième sera ouverte le 7 avril au marché des Carmes et livrera des viandes de qualité à 0,20 F au-dessous des prix réglementés. La municipalité participe le 27 avril à l’inauguration de l’École de l’industrie hôtelière située au 16 rue Saint-Etienne légué à la ville par le banquier Théodore Fulgence Ozenne : l’école doit former toutes les professions de l’hôtellerie, du directeur au garçon de restaurant. 

Quelques décisions mécontentent les habitants : Toulouse souhaite ensemencer la pomme de terre sur les terrains vacants qu’elle possède, notamment sur la Prairie des Filtres en bord de Garonne. Mais les Toulousains craignant qu’à la première crue, le précieux tubercule disparaisse, demandent plutôt d’ensemencer de la luzerne à cet endroit. 

À Auch, le maire doit faire face au mécontentement de la population parce qu’il décide de supprimer l’éclairage public au gaz pendant l’été même s’il le remplace aux carrefours dangereux par des lampes électriques. Il subit également les plaintes des habitants qui s’opposent à la décision des laitiers de la ville de ne plus distribuer de lait car le prix réglementé est inférieur au prix de revient.

Main-d'œuvre

"L’office toulousain pour la main-d’œuvre féminine pour la guerre" répondait depuis décembre dernier à la recherche de main-d’œuvre féminine. En mai, sont créées "l’association pour l’enrôlement volontaire des Françaises au service de la patrie" puis "l’office central de l’activité féminine" qui poursuivent le même objectif : ils informent toutes les ouvrières françaises des demandes d’emplois des Poudreries de Toulouse, Angoulême et Bergerac qui assureront le transport gratuit et donneront des facilités pour la nourriture et le logement.

À Toulouse encore, l’atelier-école d’apprentissage créé en septembre dernier informe que depuis, "613 apprentis des deux sexes" ont été formés et travaillent aux usines pour la défense nationale comme ajusteurs, taraudeurs, tourneurs, soudeurs… L’école a récemment ouvert ses portes aux mutilés de guerre.

Transport

De nombreuses personnes s’inquiètent du sort des leurs, prisonniers en Allemagne. Le bureau du Secours de Berne (Suisse) les informe que dans tous les pays, les difficultés de transport et le manque de personnel ralentissent toutes les communications. 

C’est à cause de la suppression quasi totale des transports par voie ferrée que le canton de l’Isle-en-Dodon se dit "abandonné" car plus rien n’arrive.

Dans l’Ariège, le conseil général vote un crédit de 300 000 F pour l’achat de 10 fourgons qui serviront au transport de blé, pétrole et autres matières nécessaires à la population et celui de la Haute-Garonne demande le doublement du nombre de wagons sur les lignes du réseau du Midi qui n’en compte actuellement que 5 100.

En revanche, le conseil général du Tarn-et-Garonne refuse de payer 24 000 F à la compagnie des tramways du département qui prétexte les pertes subies par fait de guerre. Il conteste également de devoir participer à l’indemnité de cherté de la vie que la compagnie accorde à ses agents. Le conseil général de l’Ariège accorde le relèvement des frais accessoires des tramways départementaux  sur les lignes de Tarascon-Auzat et des réseaux Lèze-Arize et ceux du Saint-Gironnais.

 

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