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Mars 1917

En ce mois de mars, quatre événements retiennent l’attention : ce qui n’était présenté que comme une grogne sociale devient une révolution en Russie ; les États-Unis se préparent à la guerre ; le gouvernement Briand en France démissionne et le pays passe à l’heure d’été : l’heure légale est avancée de 60 mn dans la nuit du 24 au 25 mars, à 23 h.

25 février 2019
Auteur : Patrick Roques

International

Ce qui n’était au début du mois présenté dans un article du Daily Telegraph que comme "quelques vitres brisées et quelques boulangeries pillées" à Petrograd, conséquence de problèmes d’approvisionnement, est reconnu le 8 mars comme une révolution. Les informations tiennent alors en haleine nos concitoyens : les mutineries puis les arrestations sont rapportées, le tsar Nicolas II abdique le 15 mars puis est arrêté avec la tsarine, le gouvernement provisoire est rapidement reconnu, le 22 mars, par les alliés et félicité par le pape. On se demande quel régime va être mis en place, république ou empire ? On craint par-dessus tout que la Russie se retire du conflit. 
Dans le même temps, les États-Unis se préparent à la guerre : ils annoncent que leurs bâtiments marchands ouvriront le feu contre tout sous-marin hostile et engagent la construction de 1 000 navires. Quelques jours plus tard, le 20 mars, l’ordre de mobilisation de la milice est envoyé à tous les États de l’Union.

 

France

La démission du général Lyautey, le 14 mars, entraîne celle du cabinet Briand. Il est remplacé le 20 mars par le gouvernement d’Alexandre Ribot : pour la première fois en France, une femme est attachée à un cabinet ministériel car Jeanne Tardy fait partie du sous-secrétairiat d’État aux Finances.

 

Armée

En mars, les jeunes gens de la classe 1918 fêtent comme il se doit leur départ pour la caserne. Même s’ils sont un peu bruyants, cette journée est bien vécue par la population.
Quelques-uns pourront choisir leur régiment et leur arme : le ministère de la Guerre organise le 5 mars une session spéciale pour l’examen du brevet d’aptitude militaire. Il comprend deux marches de 24 km, une épreuve de tir au fusil Lebel, neuf exercices d’éducation physique et une interrogation sur la topographie et l’hygiène.
Enfin, le ministère informe les familles de militaires qu’à partir du 16 mars les colis qu’elles leur enverront seront acheminés gratuitement par les compagnies de chemin de fer.

 

Agriculture 

Le conseil général de la Haute-Garonne demande au ministre de la guerre d’augmenter le nombre de prisonniers travaillant dans l’agriculture car les "ouvriers espagnols deviennent trop exigeants" et les militaires ne sont pas en nombre suffisant. La collectivité demande aussi des tracteurs au ministre de l’Agriculture. À la recherche de main-d’œuvre, le comité d’action patriotique du Gers lance un pressant appel aux hommes de 16 à 60 ans pour qu’ils consacrent une demi-journée par semaine à des travaux agricoles. 
Quant aux hommes des classes 1888 et 1889 mis à disposition par l’armée, le gouvernement veut les identifier par le port d’un brassard bleu clair. Formé d’une bande de drap bleu clair repliée, piquée à cordon et coupée en forme de fuseau, le tout d’une longueur de 485 mm, le brassard est muni à l’une de ses extrémités de la boucle dite « Malakof », en fer verni noir.
Pour protéger les récoltes, les préfets autorisent d’avril à juin la destruction d’oiseaux et de nids de corbeaux, pies et geais qui font des dégâts importants et l’abattage de canards sauvages et gibiers d’eau au mois de mars. Mais les autorités s’attendent à ce que les prochaines récoltes de céréales soient déficitaires. Aussi, décident-elles de porter la prime au blé, de la récolte de 1917, à 7 F par quintal.

 

Économie

À cause de la hausse exagérée des beures et fromages, les autorités réglementent les prix à partir du 5 mars : par exemple, le beurre fermier est à 4,80 F le kg, le fromage d’Oust façon Camembert, la grande boîte à 1,10 F.
Pour le pain, déjà réglementé, les procès-verbaux pleuvent à Villefranche-de-Rouergue et dans toutes les villes de la région contre des boulangers qui le vendent frais et pour d’autres infractions sur sa fabrication et sa vente. La carte du pain est à l’étude au ministère du ravitaillement. Le conseil général de la Haute-Garonne vote le 16 mars la somme de 1 million de francs pour l’achat de 120 000 quintaux de maïs car "il faut remplacer le blé par le maïs".
Les pommes de terre sont également surveillées - leur prix est réglementé à 0,45 F les 2 kg - et protégées : comme ses collègues, le préfet du Tarn interdit la sortie de pommes de terre hors du département sauf pour des quantités inférieures à 300 kg. Aussi, les habitants des départements déficitaires comme l’Ariège se plaignent-ils de l’arrêté du préfet de la Haute-Garonne, département pourtant excédentaire.
La diffusion des carnets d’approvisionnement en sucre rencontre quelques difficultés car, comme à Toulouse, ils sont tardivement délivrés, le 21 mars. Ce n’est pas le cas dans l’Ariège mais il ne manque plus que la précieuse denrée : elle est parvenue à Toulouse par le canal du Midi et on cherche des wagons pour la transporter dans les localités du département. 
Les quantités de charbon reçues sont faibles par rapport à la demande et les quelques tonnes sont rapidement vendues par les négociants. La pénurie et la consommation considérable des usines travaillant pour la défense nationale favorisent la production de bois et de charbon de bois qui augmente significativement. Aussi, est-il demandé aux propriétaires de faire le plus de coupes possibles ou d’autoriser les municipalités à les faire
Dans l’ensemble, le ravitaillement des grandes villes pose problème : on trouve difficilement du lait, du sel, des beurres et fromages, des œufs, des pommes de terre (à cause de gelées), du sucre, du vin, du blé, des farines, du charbon, du pétrole… La faute en incombe essentiellement aux accapareurs, spéculateurs, fraudeurs et à l’augmentation des prix. À Villefranche-de-Rouergue, la compagnie électrique de la Sorgue et du Tarn, réduit de 1/3 le nombre de lampes destinées à l’éclairage public et à Montauban, même les allumettes manquent.

 

Municipalités

Parce que l’eau distribuée à Toulouse est impropre à la consommation, le préfet demande qu’elle soit filtrée à travers un linge puis portée à ébullition avant toute consommation. La mairie informe les personnes, de plus en plus nombreuses, qui vont s’approvisionner à la fontaine dite "de la Béarnaise" que cette eau est aussi impropre à la consommation. Les mécontents baptisent ironiquement le liquide distribué par la ville "la mixture des Pompes funèbres". Le 23 mars, la préfecture annonce que la construction de l’aqueduc qui amènera l’eau à la Poudrerie et à Toulouse et les installations nécessaires à son traitement devraient être terminées en mai prochain.
À Foix, la mairie informe de l’enlèvement des ordures ménagères et interdit dorénavant de les jeter sur la voie publique. Déposées dans des boîtes elles seront enlevées chaque jour pour certaines rues, tous les deux jours pour d’autres et deux fois par semaine pour les dernières.

 

Oeuvres

Suite à la cherté de la vie, l’hôpital auxiliaire n°202 de la Croix-Rouge demande une aide exceptionnelle à Gaillac. Mais généralement, les œuvres se financent en organisant des tombolas comme à Gaillac, des journées comme celle des "tuberculeux de la guerre" fixée au dimanche 18 mars ou des concerts, des conférences, des expositions - à Montauban - de trophées de guerre. Parfois, des arbres sont vendus comme encore à Gaillac, pour l’hospice.
Le comité aveyronnais de renseignements aux familles rend compte de ses activités : il a expédié gratuitement aux prisonniers depuis sa création en novembre 1915 jusqu’au 1er janvier 1917, 39 200 colis comportant des petits vêtements (chaussures, linges, etc…), des effets militaires (capotes, pantalons, képi…), du pain de guerre, des vivres (chocolat, conserves, lait concentré etc…). Il lance un appel pressant à la générosité de chacun tout comme le comité de l’œuvre des mutilés de la Haute-Garonne qui annonce avoir récolté depuis le début de ses activités, 85 892 F ; 46 673 F ont servi à appareiller (prothèses, outillages….) 463 mutilés. 

 

Transport

Si de plus en plus de trains sont supprimés, le plus souvent ce sont des arrêts en gare qui ne sont plus effectués comme à Bram qui n’est plus desservi par les express B-6 et 102. Entre Toulouse et Paris, les autorités informent que seulement quatre trains relieront ces deux villes. Le trajet durera de 12 h 30 à 14 h. Aussi, l’amicale des commerçants de Toulouse proteste-t-elle énergiquement contre ces mesures apportées dans l’organisation des transports car elles troublent "la loi de l’offre et de la demande", rendent "les échanges plus difficiles" et facilitent "l’accaparement et la spéculation". Les gens se plaignent également du retard des courriers dû aux nouvelles restrictions imposées par le service postal : dans certains villages les nouvelles et les communiqués officiels ne sont même plus affichés. 

 

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