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Février 1917

L’hiver froid et les problèmes de ravitaillement rendent la situation sociale de plus en plus tendue car le long conflit met les économies de tous les pays en crise. À la fin du mois, en Russie, des manifestations éclatent et l’événement est d’importance pour l’histoire de ce pays car ces mouvements sociaux sont considérés comme étant le début de la révolution russe.

25 février 2019
Auteur : Patrick Roques

International

L’Allemagne déclarant la "guerre sous-marine à outrance", le 5 février les États-Unis, suivis quelques jours plus tard par la Chine, rompent leurs relations avec ce pays et l’Autriche-Hongrie. Les habitants de notre région manifestent leur joie à Toulouse, patriotiquement à Béziers… 

On commence de plus en plus à penser à l’après-guerre et à la reconstruction : le syndicat des entrepreneurs du bâtiment et des travaux publics de la région organise des cours gratuits de maçonnerie, taille de pierre, charpente… pour former les jeunes qui ne sont pas mobilisables.

 

Armée

À la recherche d’économies, le ministre de la Guerre décide de réduire les rations de campagne des officiers, de supprimer les postes en surnombre et de réguler l’utilisation des autos ce qui permet de consommer moins d’essence. Il décide également de ne plus accorder de permissions de 24 heures aux militaires qui habitent loin du front ce qui économise du charbon et des transports.

Le besoin de main-d’œuvre étant de plus en plus important, le gouvernement ordonne la réquisition des personnels spécialisés de 16 à 60 ans pour la défense nationale, les usines de guerre, les transports et l’agriculture.

 

Agriculture

L’agriculture a toujours autant besoin de main-d’œuvre. Aussi, les permissions de sept jours sont-elles étendues aux militaires agriculteurs à condition qu’ils soient propriétaires, métayers, exploitants ou fermiers et qu’ils présentent un certificat du maire. D’autres permissions, dites spéciales, d’une vingtaine de jours, sont accordées aux classes anciennes, 1892 et plus, et des mises en sursis d’appel ou des permissions de longue durée rendent les spécialistes (maréchal-ferrant, mécanicien, bourrelier, sellier, charron…) à l’agriculture.

C’est également pour que les écoliers, collégiens, lycéens et étudiants aident aux champs que le ministre de l’Instruction publique étend les vacances de février, du 19 au 22. Celui de l’Agriculture, lance le 21 février, l’appel à "la moisson de la victoire" qui consiste à ensemencer le blé partout où cela est possible. Aussi, le comité de culture des terres incultes de la Haute-Garonne demande-t-il aux propriétaires ayant des domaines incultes de se faire connaître.

Pénuries

En février, les restrictions et les pénuries atteignent tous les domaines.

 

    Pain

Le pain est l’aliment de base et, d’après le gouvernement, « perdre du pain c’est perdre de l’or, perdre du pain c’est perdre des cartouches ». Il prépare les mois de "soudure", avril-mai, époque difficile au cours de laquelle on termine les stocks de l’année passée. Aussi, le blé et le pain sont-ils l’objet de toutes les attentions. 

Pour inciter les agriculteurs à produire du blé, l’État accorde une nouvelle prime, de 20 F par ha de blé ensemencé en plus de l’an dernier. Il conseille le blé du Manitoba qui ne craint pas l’échaudage. Le gouvernement décrète ensuite que le pain qui doit être fabriqué avec de la farine blé mélangée au froment, maïs, seigle et orge, doit avoir au minimum 700 g et 80 cm. Il interdit la vente de tout autre pain, de brioches, croissants, biscottes fraîches… Les boulangeries ne peuvent plus travailler de 21 h à 5 h et le pain ne peut être vendu que 12 h après sa fabrication, bien rassis.

Localement, la récolte de blé en 1916 s’avérant insuffisante pour assurer l’alimentation de la population, le préfet de la Haute-Garonne décide de faire l’inventaire des stocks et de réquisitionner tous les blés détenus par les agriculteurs, négociants et transformateurs ainsi que toutes les farines. Il interdit leur circulation sans un certificat de main levée de la réquisition ou un certificat du maire. La population dénonce aussitôt les boulangers qui vendent des stocks de farine à des prix élevés à des particuliers qui craignent d’en manquer.

 

    Sucre

Le gouvernement décide de rationner le sucre à l’aide de cartes. Délivrées dans les mairies, annuelles, intransmissibles, elles donnent droit à 750 g par personne et par mois (trois coupons de 250 g). Les coupons sont périmés s’ils n’ont pas été utilisés dans le mois courant. Établie par le ministre du ravitaillement, la carte est composée d’une première page qui comporte l’identité du fournisseur, celle du porteur et son adresse. La seconde contient les droits et devoirs du porteur et la troisième, 18 coupons pour six mois à raison de 3 coupons par mois. Les carnets sont aussitôt distribués, à la fin du mois pour le Gers.

Autre mesure qui concerne le sucre et la farine, la fermeture des pâtisseries est étendue aux maisons de confiseries et de thé. Les préfets demandent aux particuliers de ne consommer ces jours-là ni sucre ni farine.

Enfin, pour compenser le travail supplémentaire demandé aux institutrices et instituteurs à l’occasion de l’établissement des cartes de sucre, le préfet de la Haute-Garonne décide que la rentrée des classes se fera le vendredi 23 au lieu du jeudi 22 février ce qui étend les congés scolaires.

 

    Charbon

À cause de la pénurie de charbon, le maire d’Auch informe la population de la diminution "très notable" de l’éclairage public et lance un appel aux habitants afin qu’ils réduisent le chauffage et l’éclairage. Si l’application de cette mesure mécontente à Bram les habitants, ceux de Plaisance-du-Touch demandent à la compagnie d’électricité, "la Pyrénéenne", des diminutions sur le prix de l’abonnement. 

À Béziers, les quantités livrées de charbon sont limitées à 50 kg et Toulouse restreint les horaires des tramways à cause du manque de charbon même si elle inaugure le 26 février une nouvelle ligne, indispensable, qui relie le centre de la ville à la Poudrerie de Baraqueville.

 

    Transport

À l’exemple de la suppression du train n° 3568 reliant à 6 h 30 Ax-les-Thermes à Toulouse, le ministre des Transports réduit encore le service des voyageurs. Les trains de marchandises sont également touchés et la mesure affecte l’approvisionnement de denrées, produits, presse… 5 000 tonnes de minerai de fer sont en souffrance à Port-Vendres faute de wagons. Pourtant, les deux sociétés qui en ont besoin travaillent pour la défense nationale.

Faute de transport efficace, la chambre de commerce de la région toulousaine organise le 27 février l’acheminement de produits et denrées par tracteurs automobiles de Toulouse à Montréjeau, de Toulouse à Albi... Les demandes affluent rapidement.

 

    Pétrole

Parce qu’il est généralement leur seule source d’éclairage, utilisé dans les lampes à pétrole, le pétrole manque cruellement aux ruraux qui dénoncent certains excès : malgré son prix réglementé à 0,50 F le litre, il est vendu à 0,95 F et l’essence qui devrait être à 0,80 F le litre est vendue à 1 F.

À Samatan, les habitants sont fort mécontents : ils ont perdu deux médecins, mobilisés, sur leurs trois. Le troisième est resté car il est âgé mais il ne peut plus faire ses tournées faute d’essence. "Pendant ce temps" disent certains, "les présidents des commissions de ravitaillement, les gros profiteurs de guerre, les accapareurs qui la vendent 120 F les 100 litres en ont à satiété".

 

    Et autres...

Les restrictions touchent tous les domaines même celui de la restauration : le gouvernement interdit le 15 février de prendre plus de deux plats dont un seul de viande au cours d’un même repas. En dehors de ces deux plats le client peut consommer un potage ou un hors-d’œuvre limité à quatre choix, plus un fromage ou un dessert. Afin de réduire la consommation de farine, du lait, des œufs et du sucre, l’entremets est supprimé et le menu du jour ne doit comprendre pour chaque repas pas plus de deux potages ni plus de neuf plats.

Pour "ménager les ressources", faire des économies, les préfets limitent l’ouverture des salles de réunion, spectacles, théâtres, concerts, music-halls et cinématographes au jeudi et au dimanche en matinée et soirée et au samedi en soirée seulement. À l’occasion du Mardi-Gras, le préfet de l’Ariège autorise exceptionnellement l’ouverture des théâtres, concerts… pâtisseries… reportant le jour de fermeture au jeudi suivant.

Le ministre du commerce, de l’industrie et des PTT pour des raisons d’économie et par manque de personnel, ferme les bureaux de poste une heure plus tôt, 19 h en ville, 18 h dans les campagnes. À Toulouse, en raison de la pénurie de main-d’œuvre, le maire demande à ses administrés de balayer la neige tombée sur les trottoirs, de casser la glace des caniveaux, d’éviter de jeter de l’eau sur les trottoirs et de répandre de la sciure ou de la cendre sur le verglas.

Enfin, le gouvernement décide de recenser les stocks de cuivre nécessaires à la défense nationale : seront inventoriées et achetées 4 F le kg, les quantités supérieures à 50 kg, quantité choisie parce que la plupart des alambics pèsent de 50 à 100 kg. Cette décision permet en effet de lutter, comme les différents gouvernements le font depuis le début de la guerre, contre l’alcoolisme. 

 

 

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