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Janvier 1917

Au début de janvier, le président des États-Unis, Woodrow Wilson, propose une paix aux belligérants. Les pourparlers se dérouleront une grande partie du mois.

08 février 2019
Auteur : Patrick Roques

La paix

Le président Wilson souhaite une "paix sans vainqueur ni vaincu" alors que les belligérants ne veulent "une paix que par la victoire". Les conditions de chacun jugées inacceptables par l’autre partie, ce projet s’enlise. Pourtant, il entraîne de nouvelles aspirations dans la société : par exemple, la Société toulousaine d’Études, fondée en 1916, prépare l’après-guerre. Elle veut construire une usine spécialisée dans la construction d’appareils de manutention mécanique. Elle envisage même de l’équiper de machines pour pallier au manque de main-d’œuvre.

 

Approvisionnement

À la demande du gouvernement, les compagnies de chemin de fer réduisent le nombre de trains de voyageurs pour remédier à la crise des transports. Cette décision fait de nombreux mécontents car, à l’époque, le transport ferroviaire est très utilisé. De plus, elle ne résout en rien les difficultés dans les échanges de produits, notamment dans le charbon, source d’énergie indispensable.
Le manque de charbon entraîne la réduction de l’éclairage au gaz. Aussi, les intérêts des villes et des sociétés s’opposent-ils : Albi estimant avoir subi un préjudice par la suppression "presque complète" de l’éclairage public, demande à la Société Pyrénéenne le paiement d’environ 4 000 F. Quant au directeur de l’usine à gaz de Villefranche-de-Rouergue, il annonce le 20 janvier que faute de charbon, il fermera son usine qui ne produira plus de gaz : l’usine de Villefranche n’est pourtant située qu’à 50 km de plusieurs mines de charbon. Pour contenter le plus grand nombre, les charbonniers de Montpellier limitent à 10 kg les quantités de charbon livré aux particuliers. À Toulouse, la municipalité obtient que la société des Mines de Carmaux fournisse 1 000 kg de charbon par jour et par marchand et qu’ils le vendent par quantité de 25 kg à 1,50 F ou 50 kg à 3 F. Mais par manque de pétrole, la même compagnie informe sa clientèle que, ne pouvant plus assurer le camionnage à domicile, le charbon devra être à l’avenir retiré à son entrepôt.
Dans l’Ariège, Foix rationne l’essence à 3 litres par famille, les distributions se faisant dans l’ordre alphabétique et le bon devant être payé au commissariat. Elle se prémunit contre tout mouvement social comme celui qui a éclaté au début du mois à Montauban : un commerçant ayant informé de la vente prochaine de pétrole a eu la surprise de voir se présenter à son magasin "une foule considérable" qui a causé des incidents comme "ceux qui s’étaient produits il y a quelques temps lors d’une vente de sucre".
Les consommateurs demandent alors que soient instaurées des cartes d’approvisionnement de charbon. En réponse, Toulouse se rabat sur le bois et en achète de la forêt de Montech. Après accord avec les négociants, il est vendu dans la ville à 3 F les 50 kg, bois scié, et 3,50 F s’il est livré. Dans l’urgence, la ville envisage même d’élaguer les arbres des promenades pour chauffer les classes des écoles publiques car les élèves souffrent du froid rigoureux de janvier. Les quantités demandées étant alors importantes, le ministre de la Guerre prolonge les détachements de militaires travaillant dans l’industrie du bois (bûcherons, scieurs et autres).
À cause de la diminution de l’éclairage public, les accidents se multiplient. Les autorités demandent de ne rien laisser dehors sur le trottoir, dans les coins sombres, "ni char, ni brouette, ni quoi que ce soit". Pour régler le problème de l’éclairage, au moins partiellement, les préfets constituent le 11 janvier des commissions départementales de dérogations aux dispositions portant réduction de l’éclairage au gaz et à l’électricité.
La crise des transports accroît celle du sucre et les premières cartes de rationnement de cette denrée apparaissent dans quelques communes. Le gouvernement envisage leur extension sur le territoire national et décide la fermeture, les mardi et mercredi de chaque semaine, des pâtisseries et rayons de pâtisseries dans les boulangeries, épiceries, hôtels et restaurants.
Localement, les Toulousains font face au problème de la qualité de l’eau qui contient de grandes quantités de matières blanches en suspension et qui est saturée d’éther. La municipalité répond que l’eau provient de la Poudrerie et que la compagnie a utilisé des conduites fermées depuis longtemps. Le problème va durer quelques temps encore.
Enfin, en réponse à la vie chère, Montpellier crée le 13 janvier une triperie municipale. Située à l’extérieur de la halle de l’Observatoire, elle vendra des abats de bœuf, veau et mouton à des prix concurrentiels.

Impôts et taxes

La guerre coûte cher et le gouvernement est à la recherche de ressources. Les taxes postales, télégraphiques et téléphoniques augmentent : par exemple, les cartes postales acheminées en France passent à 0,15 F alors que celles à l’étranger restent à 0,10 F grâce à une convention internationale. L’impôt sur le revenu augmente de 3 à 10% et la tranche de revenus affranchie de tout impôt est abaissée de 5 000 à 3 000 F pour une personne seule. Les bénéfices de guerre sont taxés à 60% à partir de 500 000 F de bénéfices imposables et les prix des produits suivants augmentent : cafés, cacao, poivre, piments, cardamomes, cassia, muscades, vanille, thé, mélasses et glucoses, boissons, spécialités pharmaceutiques. Les taux sur les voitures, chevaux, mules et mulets, billards, cercles de sociétés et lieux de réunion, garde-chasses sont multipliés par deux, une taxe de guerre sur les Français mobilisables exemptés, réformés, retraités avant le 1er août 1914 et non rappelés en active est créée et se monte à 12 F plus 25% de l’impôt sur le revenu. Est également créée la taxe sur les places de spectacles (théâtres, cinémas, music-halls…). Celles portant sur les mutations, les valeurs mobilières et les lots, sont en augmentation ainsi que les droits sur le sucre et le tabac. Un impôt de 14 % sur les chocolats ordinaires est prélevé (soit 14 cts par kg) et une nouvelle taxe apparaît sur les eaux minérales, de 2 à 6 cts par litre.

Armée

Georges Guynemer, "l’as des as" comme l’appellent ses camarades de l’escadrille des "Cigognes", en est à son 30e avion abattu, compte officiellement homologué, et l’armée ne manque pas d’en faire la promotion.
Le gouvernement annonce la création d’un ministère de l’Armement et des Fabrications de Guerre : aussi, Albert Thomas qui n’était que " sous-secrétaire d’État chargé de l’Artillerie et de l’équipement militaire" devient-il ministre. Le service des chiens de guerre qui faisait partie de la direction de l’infanterie est rattaché, en fin de mois, au cabinet du ministre de la Guerre.
Le gouvernement décide également de détacher de l’armée les soldats appartenant aux classes anciennes, mineurs de profession, pour activer le rendement des mines de charbon. La même mesure est appliquée aux soldats agriculteurs de la classe 1889 et des classes antérieures.
Mais en janvier, ce sont les conseils de révision qui attirent l’attention des habitants de la région. Par exemple, à Sète, 303 jeunes sont examinés : 223 sont déclarés bons pour le service, 65 sont ajournées, 2 sont versés dans les services auxiliaires et 9 exemptés. On n’a aucune information sur les 4 restant.

Mouvements sociaux

À cause de la cherté de la vie, quelques grèves éclatent, notamment dans des usines produisant pour la défense nationale, ce que le gouvernement ne peut se permettre. Aussi établit-il au début de janvier, une procédure d’arbitrage pour résoudre rapidement les conflits et réglemente-t-il des taux de salaire pour les ouvriers et les patrons. C’est probablement cette procédure qui a limité au début du mois la grève des six ateliers de la filature de Roquecourbe (Tarn) à une journée. Cette industrie confectionnant des bas, tricots, chandails, chaussettes, gants, écharpes etc… est très productive. Le décret est pris le 18 janvier et, conséquence de cette décision, la Société des mines et usines de Decazeville accorde le 26 janvier une augmentation de salaire à ses ouvriers "en raison de la cherté toujours croissante des vivres".

Œuvres et mutilés

Les matinées et soirées artistiques, les tombolas et journées spéciales sont toujours des sources de financement pour les œuvres de guerre qui doivent être autorisées, depuis janvier par arrêté du ministre de l’Intérieur, à faire appel à la générosité publique. Celles du Tarn-et-Garonne reçoivent ce décret le 23 janvier. À Toulouse le bureau de bienfaisance de la ville distribue du bois à ses pauvres.
Dans le Tarn, l’œuvre départementale de rééducation professionnelle des mutilés de guerre a, depuis sa création, secouru 261 mutilés : 132 ont reçu des prothèses et les 21 admis en décembre 1916 ont été équipés pour certains de bras articulés avec épaulière (2), avec en plus un crochet (1), 2 "radial", 2 "jambe et pilon", 1 "jambe articulée", 1 "gaine articulée pour jambe", 1 "pilon articulé", 2 "chaussures orthopédiques", 1 "ceinture pour éventration", 1 "œil artificiel", 1 "chevalet de travail"… 

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