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La briqueterie Sainte-Marcelle

Dernière briqueterie du territoire, la briqueterie Sainte-Marcelle perpétue un savoir-faire traditionnel depuis l’extraction en carrière à la cuisson et produit le célèbre cayrou roussillonnais.

13 août 2018
Auteur : Christelle NAU

Savoir-faire de la terre cuite non vernissée roussillonnaise

La seule briqueterie encore en activité dans les Pyrénées-Orientales, celle de Saint-Marcelle, est installée à son emplacement actuel à Saint-Jean-Pla-de-Corts depuis 1926. Spécialisée dans la production artisanale d’une centaine de modèles de terre cuite non vernissée, elle perpétue un savoir-faire familial inspiré du XVIIIe siècle fortement inscrit dans le paysage architectural du territoire. La plus ancienne mention d’un teuler (tuilier) dans la tradition familiale est celle de Michel Colomines qui exerçait son activité à Perpignan en 1735. Au siècle suivant, la famille s’installe dans la vallée du Vallespir et procède à la modernisation de l’entreprise suivant ainsi la vague d’industrialisation. La transmission intergénérationnelle du savoir-faire ainsi que les choix de fabrication et de commercialisation ont permis le maintien d’une production semi-industrielle depuis près d’une centaine d’années.

 

Le bâtiment industriel

Les différentes étapes de fabrication se déroulent à proximité ou à l’intérieur d’un édifice de près de 3000 m2 couvert d’une imposante toiture de tuiles canal. Son emplacement, choisi à proximité des voies de transport, dans un endroit ensoleillé, plat et spacieux, est exposé à la tramontane, vent de nord-ouest propice au séchage. Les espaces qui lui sont dédiés, ouverts et bas de plafond, contraste avec le bâtiment principal majoritairement occupé par un four Hoffmann composé de deux galeries principales formant 85 mètres de longueur.  Ce système de cuisson est relié par un conduit à une cheminée de 30 mètres de hauteur, construite en briques en forme d’obélisque.

 

Une fabrication traditionnelle

Le processus de fabrication, quasiment identique depuis les années 1950, comprend quatre étapes principales. L’argile est extraite dans une carrière située sur la commune limitrophe de Vivès. Elle est ensuite transportée jusqu’à la briqueterie où elle est affinée puis stockée avant d’être malaxée avec de l’eau. La pâte ainsi obtenue est façonnée selon les besoins dans une mouleuse découpeuse ou fabriquée et sablée manuellement en fonction des commandes. Après le séchage naturel, étape primordiale, les pièces sont enfournées puis chauffées jusqu’à une température de 1000°C durant 7 à 8 heures. Environ 6 mois de travail sont nécessaires à la production annuelle d’environ 1200 tonnes de pièces différentes.

 

De la spécificité de la production

La production actuelle de la briqueterie concerne majoritairement celle du « cayrou ». Issu du catalan cairó signifiant carré, le « cayrou » désigne une brique de terre pleine rectangulaire dont les dimensions imposantes (généralement de 5 X 22 X 44 cm) ont été fixées par ordonnance royale au XVIIIe siècle. Son utilisation s’est généralisée au siècle suivant. Dans les années 1970, à l’inverse des autres briqueteries du département qui se spécialisent dans la brique creuse, celle des Sainte-Marcelle, alors dirigée par Jean Fite, revitalise le modèle du « cayrou » actuellement perçu comme le modèle de référence caractéristique du bâti traditionnel catalan.
La  terre cuite non vernissée reste très présente sur le territoire au sein des façades et des toitures (en particulier sur les chainages d’angle, les encadrements des baies ou les corniches maçonnées), à l’intérieur des édifices (voûtes dites catalanes, sols, fours…) ou dans le cadre d’aménagements urbains.