Recherche en cours...


Accueil > Chroniques 1914 1918 > Août 1916

Août 1916

La Grande Guerre a débuté il y a exactement 731 jours et le 2 août 1916 est le jour anniversaire. Le premier centre d’instruction des chars de combat dirigé par Jean-Baptiste Eugène Estienne (1860-1936), le "Père des chars", est créé le 15 août à Marly-le-Roi (Yveline). Le 27 août, la Roumanie déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie et, le lendemain, l’Italie à l’Allemagne et l’Allemagne à la Roumanie. Le 30 août, l’Empire ottoman rend la pareille à la Roumanie.

11 juin 2018
Auteur : Patrick Roques

Agriculture
En cette période de l’année, lors des battages, les accidents sont fréquents. En 1916, le phénomène prend de l’importance car de nombreuses personnes n’ont pas de formation agricole. À Condom (Gers), les vêtements d’un homme sont happés par la courroie d’une machine : il expire quelques heures plus tard. C’est également le cas à Lincou (Aveyron) avec une jeune fille ou dans d’autres endroits.
Confronté au manque de main-d’œuvre et à la recherche d’une meilleure productivité, le gouvernement veut favoriser le développement des syndicats d’encouragement à la motoculture. Comme celui du Tarn, alors en cours de création, ils se multiplient souvent aidés par les compagnies ferroviaires. La compagnie des chemins de fer du Midi alloue le 26 août une prime de 1 000 F au syndicat de Gaillac pour le développement de la culture mécanique de la vigne. La même compagnie accorde une autre prime de 1 000 F, aux "deux constructeurs d’appareils de motoculture et de culture mécanique les plus pratiques" en précisant qu’elle finance également le transport du personnel et des appareils appelés à concourir. Associée cette fois à la compagnie des chemins de fer d’Orléans et à la société d’agriculture de l’Aveyron, la compagnie du Midi participe à la journée de démonstration de motoculture mécanique faite à Rodez en fin de mois.
Le manque de main-d’œuvre se fait également sentir pour les vendanges : par circulaire, le ministre de la Guerre décide la création d’équipes de travailleurs militaires dans les départements viticoles, ainsi que la formation d’équipes de prisonniers de guerre. Pour une période estimée des vendanges, allant du 20 août au 30 septembre, dans l’Hérault par exemple, voire au 10 octobre dans le Gers, les permissions agricoles seront de 20 jours pour ceux qui exercent une profession viticole et de 30 jours pour les tonneliers. L’armée pourra prêter des animaux, chevaux et mulets.


Armée
Le poilu rapporte à chaque permission un vocabulaire particulier : le "perlot" est le tabac, la "perme", la permission, la "juteuse" est la pipe, le "pinard" le vin, la "gnole" l’eau-de-vie, le "jus" le café, les "gaspards" les rats, le "pajot" la couchette de fortune, le "bigorneau" le fantassin etc…
Quant aux autorités militaires, elles décident que la distribution de vin sera portée à ½ litre par poilu. La mesure sera appliquée non pas le 1er septembre mais le 15 août en raison de "la température élevée" de ces jours.
D’autres décisions sont également prises par le ministère : les officiers amputés et handicapés, ayant besoin d’aide, auront droit à un soldat ordonnance. Pour les militaires envoyés dans un centre de rééducation, la circulaire datée du 4 août, de l’office national des mutilés, demande qu’ils soient dirigés vers le centre le plus proche de leur famille. Elle précise que la pension ne peut être réduite ni être invoquée pour diminuer le salaire du mutilé.
Enfin, l’armée utilise de gros ballons d’observation et des avions. Elle met également au point les cerfs-volants d’observation : composés de quatre ou cinq appareils reliés entre eux, ces ensembles sont munis d’instruments enregistreurs qui permettent à un observateur de prendre des photographies en toute sécurité. Ce n’est pas le cas de ces opérateurs du service cinématographique des armées qui filmaient un bombardement au milieu du mois : ils ont été ensevelis par l’explosion d’un gros obus.


Culture et sports

Le Grand Prix de la Ville de Toulouse va se courir au vélodrome du Bazacle le dimanche 13 août. Seize cyclistes seront en lice puis il y aura une course de tandems suivie d’une course de vitesse pour motos. Le 15 août, la ville organise pour la première fois le "Bol d’or", course de vélo de 100 km disputée habituellement à Paris. Toulouse devient la ville de la bicyclette car après le brevet militaire des 50 km à vélo, l’union vélocipédique de France organise le brevet militaire des 100 km, distance à parcourir en moins de 5 heures pour les jeunes gens des classes 1918 et 1919.


Les œuvres
L’œuvre de "La Cocarde du Souvenir", placée sous le haut patronage du président de la République et sous la présidence d’honneur des présidents du Sénat et de l’Assemblé, se propose de défendre contre l’oubli les noms de nos soldats et de permettre à ceux qui les pleurent de pouvoir retrouver leurs tombes. Elle fait placer sur ces tombes des cocardes tricolores en métal qui portent en caractères indélébiles les quelques indications indispensables. Un comité vient de se constituer depuis le début du mois à Toulouse, à la Chambre de Commerce, pour développer l’œuvre et recevoir les cotisations.
À Carcassonne, une œuvre locale expose des trophées de guerre à l’école du musée dans la ville basse.


Économie
Suite à la crise du papier et de la presse, les députés envisagent de limiter la parution de journaux sur une seule feuille ce que refusent catégoriquement les directeurs. Ils demandent plutôt que le prix du papier soit réglementé comme celui du blé. Quelques propriétaires de quotidiens font également appel avec succès aux dons de leurs lecteurs. Propriétaires et directeurs refusent l’exemple italien : dans ce pays, le gouvernement a décidé que la presse ne paraîtrait pas le dimanche.


Main-d’œuvre
Les annamites arrivés dans la région suscitent la curiosité, du moins celle des habitants d’Auch qui voient avec attention le convoi qui se rend au château de la Mazères. Douze annamites du groupe restent à Auch, six détachés à l’hôpital n°32, six autres au n°14. D’autres étrangers arriveront en fin de mois car on annonce plus de 10 000 ouvriers portugais qui seront employés dans les commerces, les fabriques et les usines.
Par ailleurs, l’effort de formation se poursuit : l’association "l’atelier-école d’apprentissage pour travaux de guerre" informe de l’organisation de cours d’apprentissage et avertit de l’ouverture des inscriptions à toutes les personnes de nationalité française, hommes ou femmes âgés de plus de 15 ans. L’enseignement gratuit porte sur les travaux intéressant la défense nationale (usinage d’obus, gaine-relais, pièces pour mitrailleuses, moyeux etc…). Après quinze jours de formation, les ouvrières et ouvriers seront susceptibles d’être placés dans l’une des usines travaillant pour la défense nationale.
L’atelier école d’apprentissage de Toulouse commencera les cours au 1er septembre. Ils auront lieu à des heures différentes pour les hommes et pour les femmes et le nombre de ces dernières, d’après une récente circulaire ministérielle, "devrait être considérablement augmenté dans les usines travaillant pour la guerre".


Municipalité
À Toulouse, la ville ne peut pas fournir, avec les fortes chaleurs de juillet, la quantité d’eau nécessaire aux habitants qui se plaignent au préfet des nombreuses coupures. Aussi, les autorités locales doivent-elles s’expliquer : elles indiquent que la consommation moyenne de la ville dépasse le maximum d’eau quotidien provenant des filtres de Portet (12 000 m3), source de Clairfont (11 000 m3) et filtres de Braqueville (13 000 m3). La consommation s’est accrue notablement par l’augmentation de la population avec les réfugiés, les nombreuses formations sanitaires (32) qui bénéficient de la gratuité et dont le nombre de blessés a encore augmenté et les industries et les manufactures travaillant pour la Défense nationale. En cette période de sécheresse, la seule solution proposée par les élus est d’éviter les abus et le gaspillage. Mais les habitants rappellent que le problème date de longtemps : "avant la guerre, il y a deux ans, cinq ans, dix ans, l’eau manquait et manque encore en été mais aussi en plein hiver".
En cette période estivale, Montauban informe de l’ouverture de la baignade de Sapiac tous les jours de 5 à 8 h et 18 à 20 h pour les civils et de 15 à 18 h pour les militaires, "caleçon de bain obligatoire". Afin d’économiser l’eau, Mazamet décide que les neuf lavoirs de la ville seront fermés à tour de rôle pendant le mois d’août et Condom informe que l’approvisionnement de l’eau sera limité aux heures suivantes : 6 à 10 h et de 16 à 20 h.
Les plaintes affluent car à Montauban les rues n’étant plus arrosées, la poussière monte jusqu’aux premiers étages à cause de la circulation automobile. Les fortes chaleurs du mois ont de graves conséquences, de nombreuses noyades lors de baignades mais aussi plusieurs cas d’insolation notamment chez les agriculteurs.
Le Tarn accueille 658 réfugiés et 385 perçoivent des secours de l’État s’élevant pour juillet à 10 042,80 F. Albi donne l’état sanitaire de la population de la ville avec 341 décès au premier semestre 1916. En moyenne, sur les cinq dernières années, la mortalité était de 275 morts, signe de son augmentation. En revanche, la natalité qui était en moyenne de 180 naissances sur la même période, baisse à 141 mais les mariages sont stables, 22 sur les 6 premiers mois au lieu de 20 au premier semestre de 1915.
Lors de la séance du conseil général du Gers, le conseiller Naples expose les doléances de Condom à qui on a retiré les troupes. Le général en chef de la 17e région militaire a choisi Nérac (Lot-et-Garonne) qui remplit les conditions d’hygiène. Condom obtient en retour la promesse de la création d’un établissement sanitaire pour l’armée.
Par ailleurs, les écoles sont rendues au fur et à mesure de leur rétrocession par l’armée, à leur première destination, l’instruction. À Foix le service de santé des armées occupe encore le lycée et l’école normale de Montgauzy mais rend l’école primaire supérieure de jeunes filles. Les militaires qu’elle abritait sont dirigés sur les baraquements du champ de foire. C’est le cas dans de nombreuses villes de la région.
C’est également en août que Toulouse organise des classes de vacances ouvertes du vendredi 11 août au jeudi 21 septembre. Elles sont gratuites et sont dans l’intérêt des parents pour ne pas laisser les enfants sans surveillance toute la journée.
Lézignan qui était en contentieux contre la société industrielle locale du gaz, apprend par arrêté du 21 août 1916 que l’entreprise est condamnée en conseil de préfecture. Cette entreprise n’avait pas respecté ses engagements, notamment celui d’installer un nouvel éclairage des rues, places et édifices publics. Elle doit payer à la ville 10 000 F de dommages et intérêts, doit supporter les frais d’instance et doit installer cet éclairage.
Enfin, le conseil municipal de Saint-Béat décide d’ériger un monument en l’honneur du général Galliéni. Le comité constitué des maires et de personnalités du canton nomme présidents d’honneur le préfet de la Haute-Garonne, le docteur Saint-Martin conseiller général et comme vice-présidents, le sous-préfet de Saint-Gaudens et M. Burgalat conseiller d’arrondissement.

 

Informations complémentaires