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Les cloches du souvenir en Midi-Pyrénées

La Grande Guerre terminée, les noms de ceux morts au cours de ce conflit sont portés sur les nombreux monuments aux morts alors érigés et sur les innombrables objets que sont les tableaux, plaques mais aussi cloches. Ces dernières sont rares – leur nombre est estimé à une dizaine en Midi-Pyrénées - et celles recensées dans les clochers de Massat et de Montgauch dans l’Ariège, dans celui de Mont-de-Galié dans la Haute-Garonne ont été consacrées entre 1919 et 1923.

09 novembre 2012
Auteur : Patrick Roques

Le quotidien des cloches

Elles rythmaient la vie quotidienne, sonnant les heures, annonçant les joies et les malheurs, alertant d’un danger. Présentes dans la quasi-totalité des villages français, abritées dans le clocher de l’église, les cloches pourtant invisibles sont alors essentielles à la vie de tous les jours.

Les cloches et la Grande Guerre

Le 2 août 1914, sonnant à la volée, elles appellent à la mobilisation. Les hommes, dont ceux nombreux occupés aux moissons, devront rejoindre rapidement leurs régiments. La Grande Guerre terminée, c’est par un télégramme envoyé le 24 juin 1919 que le ministre de l’Intérieur annonce aux préfets la signature du traité de paix entre l’Allemagne et les Alliés. Il leur demande alors de « prendre toutes dispositions pour que dès réception de ce télégramme, les cloches de toutes les églises de toutes les villes, de tous les hameaux de [leur] département sonnent à toute volée ».

Les destructions pendant la Grande Guerre

Elles ont subi la Grande Guerre, nombre d’entre elles ont disparu, détruites lors de bombardements ayant touché les églises ou réquisitionnées, enlevées et fondues puisque le précieux cuivre retiré sert alors à la fabrication de munitions.

Les cloches du souvenir

La guerre de 1914-1918 terminée, les cloches du souvenir, celles dédiées aux soldats disparus, font leur apparition. Ces objets, rares en France, sont probablement moins d’une dizaine dans Midi-Pyrénées. En Ariège, trois cloches sont recensées, deux à Massat, la « cloche de la Victoire » et la « cloche des morts de la Guerre » bénies en décembre 1919, la troisième en 1923, à Montgauch, la « cloche des morts de la Guerre ». Aucune ne présente, comme celle datée de 1920, située à Mont-de-Galié, commune de la Haute-Garonne proche de Saint-Lary, de nom de soldat mort. Le nombre de morts en est peut-être la cause car sept noms sont portés sur la cloche de Mont-de-Galié, dix neuf devraient l’être sur celle de Montgauch et cent vingt sur celle de Massat.

Leur dédicace

Dans cette dernière commune, les cloches sont dédiées, la première à la victoire, (je chante la victoire et la paix) et la seconde « à la pieuse mémoire des 140 soldats de la paroisse de Massat morts pour la France 1914-1918 ». Celle de Montgauch porte l’inscription « à ses valeureux soldats de la guerre 1914-1918 tombés au champ d’honneur, la paroisse de Montgauch reconnaissante », et celle de Mont-de-Galié « je sonne en souvenir des enfants de Mont de Galie tombés au champ d’honneur pendant la Grande Guerre et dont les noms sont gravés ci-dessous ».

Le nom des prêtres

Elles portent toutes le nom du prêtre de la paroisse, l’abbé Bonnans à Massat, l’abbé Pereu à Montgauch et l’abbé Soulé à Mont-de-Galié.

Les parrains et marraines

Elles portent également les noms des parrain et marraine. L’usage veut en effet qu’elles soient baptisées et qu’elles prennent (en principe) le prénom de leur marraine : Martine pour la cloche de la victoire de Massat, Anne-Lucienne pour celle des morts, Marie pour Montgauch et Victoire pour celle de Mont-de-Galié. Bien entendu, les parrain et marraine de chaque cloche sont des personnages importants, du moins localement. Ceux de la cloche de la victoire, à Massat, sont le général A. Dhers qui est également le cousin de l’abbé Bonnans et mademoiselle Jeanne Pujol, fille du directeur de l’école publique. Cette marraine témoigne probablement de la communauté de pensée laïque et religieuse dans ces temps d’après guerre. La deuxième cloche de Massat a pour parrain le lieutenant-colonel Soula et Anna Amiel fille de l’adjoint au maire de Massat. Le lieutenant-colonel étant absent le jour de l’inauguration – les transports en cette fin de 1919 étaient peu fiables – il a été remplacé par le lieutenant en permission, A. Galy-Gasparrou, second fils du maire.

Les parrain et marraine de la cloche de Montgauch, Jean Terré et Marie Bergès font partie des principaux propriétaires de la commune. Enfin, à Mont-de-Galié, les parrain et marraine sont bien jeunes. Le cousin du maire d’alors, Henri Ferran serait né en 1914 et Lucienne Fontan en 1910.

Un exemple de cérémonie de bénédiction de cloches, Massat le 28 décembre 1919

La cérémonie de consécration des cloches de Massat est décrite dans un article publié dans la Croix de l'Ariège de janvier 1920. Se déroulant le dernier jour de la mission d'évangélisation de la paroisse qui a débuté le 7 décembre 1919, elle est alors présidée par l'évêque de l'Ariège, monseigneur Marceillac. Le dimanche 28 décembre, la consécration commence après la messe de huit heures. A 10 heures, au milieu d’une imposante foule, monseigneur Marceillac qui a participé à la première messe, revient vers l’église pavoisée d’oriflammes et de drapeaux, de tentures écarlates dans le chœur. Les deux cloches pendent à un solide appareil dissimulé sous la verdure. Les conseils municipaux de Massat et de Boussenac sont présents, installés aux places réservées, toutes occupées, et les parrains et marraines dans les fauteuils près des cloches. L’abbé Piquemal, curé de Lacave originaire de Massat, ancien Poilu, procède aux ablutions liturgiques et Monseigneur fait les saintes onctions. Le vicaire général monte en chaire et les chants se succèdent. Les cloches sont enfin bénites et cette consécration clôt la cérémonie. À 14 heures, ce même jour, le tableau commémoratif dédié aux morts de la Grande Guerre, situé dans l'église, oeuvre du sculpteur toulousain Galaup, est béni par l'évêque. Ce tableau comporte 145 noms. Les inaugurations, la journée et la mission se terminent par un Te Deum et l'évêque félicite tous les participants.

Le nom des fondeurs

Les fondeurs indiquent également leurs noms et la date de la réalisation de la cloche. Celles de Massat ont été fabriquées par le toulousain Amédée Vinel en 1919 et le tarbais Ursulin Dencausse a fondu celle de Mont-de-Galié en 1920 et celle de Montgauch en 1923.

Le nom des maires

En revanche, le nom du maire, absent à Massat, n’est que parfois indiqué. Jean Roques est porté sur la cloche de Montgauch et Gabriel Ferran – la municipalité a alors accordé 800 francs - sur celle de Mont-de-Galié.

Les décors présentés

Toutes ces cloches présentent des décors religieux (Christ en croix, Vierge à l’Enfant…). Sur celle de Mont-de-Galié sont ajoutés des emblèmes militaires : le casque Adrian, symbole de la Grande Guerre et deux épées.

Cloche du Mont-Valérien, 20 septembre 2003

La fonction mémorielle des cloches du souvenir est reprise au lendemain de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à nos jours. Une cloche à la mémoire des fusillés du Mont-Valérien est inaugurée le 20 septembre 2003. Elle porte gravés les 1 008 noms de ceux fusillés en ce lieu entre 1941 et 1944 et de « tous ceux qui n’ont pas été identifiés ».