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Mai 1918

Comme chaque année depuis le début du conflit, le 1er mai n’est plus célébré que par des réunions et les syndicats appellent à ne pas chômer ce jour-là.

05 juillet 2019
Auteur : Patrick Roques

Le 13 mai, le clairon Alfred Parens, soldat du 59e R. I. ariégeois, est cité à l’ordre du régiment : lors d’une attaque allemande, son escouade étant dans l’impossibilité de communiquer avec l’artillerie, Alfred Parens décide de sortir de la tranchée et sonne vers ses lignes « Commencez le feu ». Une balle l’atteint mortellement alors que l’artillerie française répond par un tir de barrage.

 

Armée

Les autorités ayant constaté de nombreuses fraudes en matière de recrutement depuis le début du conflit (substitution de livret, usurpation de l’état-civil…) décident d’un nouveau modèle de livret individuel : de format 10,5 cm par 15,5, il comprend une couverture, un feuillet d’identité avec description de la personne, sa photographie et ses empreintes digitales et un fascicule destiné à recevoir les inscriptions concernant les citations, les séjours hospitaliers… En conséquence, comme à Foix, les autorités avisent les photographes locaux de l’adjudication prochaine d’un marché pour la réalisation de photographies de militaires.

Cartes d’alimentation


6 000 cartes d’alimentation vont être distribuées à Saint-Girons, 210 000 cartes et 1 200 000 séries de tickets de pain à Toulouse… Face à l’importance de l’opération, les fraudes se multiplient : fausses déclarations sur le nombre de personnes qui composent le ménage ou personnes qui se font inscrire dans plusieurs communes à la fois. Parfois, les cartes ou les coupons sont falsifiés, contrefaits, des personnes utilisent des tickets qui sont à d’autres, des commerçants refusent des ventes ou les subordonnent à d’autres marchandises… Pour éviter d’autres fraudes, Pamiers décide que les déclarations de décès devront être accompagnées de la carte d’alimentation et des tickets du défunt : le permis d’inhumer n’est délivré qu’à cette condition.

Restrictions


Les services de l’Agriculture diminuent les rations des bêtes et conseillent par exemple pour les chiens de bergers de mélanger 50% de pommes de terre cuites à 50% de mouture de blé ou d’orge. Selon leurs calculs, la valeur alimentaire étant de 382 calories par 100 g, 350 à 400 g de cette nourriture recouvre les besoins quotidiens d’un chien de 20 kg.


Les personnes sont également concernées car les restrictions touchent encore une fois les repas pris dans les hôtels et les restaurants : hors le potage, le hors-d’œuvre et le dessert, le nombre de plats est limité à deux et il est défendu de servir du sucre et du fromage sauf les jours ou la viande est interdite.

C’est que les quantités reçues sont toujours plus faibles : pour le charbon, le coupon toulousain ne représente plus que 10 kg.


Quant à la viande, elle fait l’objet en mai de mesures particulières : le ministre du Ravitaillement interdit sa consommation, sa vente et son transport, à partir du 14 mai, les mercredi, jeudi et vendredi et il en limite la consommation le mardi à 200 g par personne. Ce jour-là, les hôtels et les restaurants ne peuvent en proposer que 100 g par repas et par consommateur. De plus, le ministre crée une taxe sur la viande vive et une autre sur la viande abattue en demandant aux municipalités de faire de même lors de la vente chez les détaillants.


En réponse à ces mesures, les bouchers de Condom appellent à la grève mais la municipalité menaçant de créer une boucherie municipale, le mouvement n’aboutit pas. Pour les malades, des médecins désignés par les autorités délivrent des bons spéciaux qui leur permettront d’avoir de la viande les jours où elle est interdite.


Quant à l’essence, Toulouse n’en distribue qu’½ litre à chaque famille, ou 1 litre de pétrole. Mais dans les territoires ruraux comme près de Tarascon-sur-Ariège, il n’y a plus ni d’essence, ni de pétrole, ni d’électricité depuis des mois.


Pour le gaz, les entreprises, comme la société Gaz et Électricité toulousaine, réduisent encore les horaires de distribution et le préfet décide d’en interdire l’usage à partir de 21 h dans les cafés et les débits de boissons. C’est par manque de gaz que les machines de linotypie et de clicherie sont arrêtées le 24 mai et que la presse quotidienne ne paraît qu’en partie.


C’est encore la ration de sucre qui est réduite. Seules les personnes âgées et les malades peuvent percevoir 250 g de plus sur présentation pour les premières d’un certificat du maire et les secondes d’une attestation du médecin mais à condition qu’il y ait du sucre car, comme les habitants de Villefranche-de-Rouergue, nombreux sont ceux qui n’ont pas reçu celui d’avril.

Pour calmer les fumeurs, on envisage de généraliser la carte de tabac déjà utilisée dans certaines villes : chaque consommateur pourra à tour de rôle percevoir sa ration. Le problème n’est pas le manque de tabac mais les difficultés d’approvisionnement et de transport.


Municipalité

Le maire de Revel peste contre l’administration préfectorale car "à cause de l’indifférente lenteur administrative", 500 quintaux de pommes de terre mis à la disposition de la ville sont perdus : le bon pour livrer cette denrée n’est toujours pas parvenu 33 jours après son paiement !

À Tarascon-sur-Ariège, la municipalité incite les habitants à faire pousser dans tous les jardins et les champs, des choux, carottes, navets, poireaux, salades et pommes de terre et à cultiver une vigne même si le vin obtenu est qualifié de "clairet".

La population toulousaine gronde car les travaux de l’hôpital suburbain de Purpan sont encore en suspens alors que cet établissement "pourrait rendre de grands services", alors "qu’aujourd’hui une grande partie des hôpitaux du front est évacuée et alors qu’on sera peut-être obligé de recourir aux établissements publics actuels pour créer de nouveaux hôpitaux et que nos blessés sont encore logés dans d’inconfortables baraquements de fortune", en bois.

Dans cette ville, un nouveau sujet fait polémique : parce qu’une lézarde menacerait l’existence même du dôme de La Grave, dans son rapport l’architecte Pendariès propose de le détruire. L’Académie des sciences inscriptions et belles-lettres rappelle que, conséquence de l’inondation de 1875, ce désordre est vieux de 42 ans et qu’il faudrait envisager de consolider le dôme, le restaurer plutôt que de vouloir le détruire.

Enfin, c’est en mai, à côté de Toulouse, dans le "champ d’aviation de Montaudran", que sont réalisés les essais des premiers aéroplanes de guerre construits dans les usines Latécoère.

Vie chère

Les affaires concernant le non-respect des prix réglementés sont de plus en plus nombreuses et "les audiences correctionnelles commencent à être fort chargées". Aussi, les autorités tentent-elles de répondre au problème : à Saint-Girons, la société de gaz et d’électricité alloue une indemnité de cherté de vie  de 20 F par mois pour les femmes receveuses ou gardes stations et de 25 F par mois pour les hommes de tous les services. Le concessionnaire décide que ces indemnités remplacent les augmentations successives qui avaient été données depuis le début du conflit et il obtient en contrepartie de majorer ses prix de 10%.

Lectoure crée une coopérative municipale de boucherie alors que les Luchonnais demandent que la leur propose beaucoup plus de produits.

Enfin, le conseil général de l’Aveyron, estimant financièrement ne pas pouvoir augmenter ses cantonniers leur accorde quatre mois de congés au lieu de deux "pendant lesquels ils pourront se livrer à d’autres travaux rémunérateurs".

Conséquence de la vie chère, dans nombre de villes, les plus robustes sont parfois les premiers servis, à la boulangerie ou lors de distributions !

 

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