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Mars 1918

Le 3 mars, les Allemands représentant les Empires centraux signent avec les Russes le traité de paix de Brest-Litovsk qui met fin au conflit.

30 juin 2019
Auteur : Patrick Roques

En France, Paris est bombardé par la "Grosse Bertha", nom donné par les Français aux sept canons allemands, les "Pariser Kanonen" de très longue portée, plus de 100 km. Dans la nuit du 9 au 10 mars, pour économiser l’énergie, le pays passe à l’heure d’été : les directeurs d’école sont autorisés à conserver l’ancien horaire jusqu’au 19 mars, début des vacances de Pâques. Enfin, le général Foch est nommé à la fin du mois, généralissime, commandant-en-chef du front de l'Ouest.

 

Affaires

Comment une mine de l’Aveyron extrayant en 1917 onze mille tonnes de houille en expédie-t-elle dix-huit mille ? Il suffit que la société des mines de Saint-Georges-de-Luzençon achète à un industriel local 7 000 tonnes de déchets et de pierres à raison de 5 F la tonne qu’elle mélange au charbon qu’elle vend. Les mécontents sont nombreux et le préfet de l’Aveyron saisit le procureur de la République de Millau.

Cette affaire et d’autres rendent l’ambiance anxiogène, nationalement avec l’espionne Suzy Depsy, les pourparlers de paix entre la Roumanie et l’Allemagne, les propos antipatriotiques de plus en plus nombreux, ou localement avec les fausses rumeurs concernant des avions ennemis qui survoleraient la région, les tentatives criminelles qui seraient lancées contre les établissements de guerre ou enfin avec tous les vols quotidiens de bois, de volailles, de légumes, de bicyclettes…

Heureusement, de bonnes nouvelles parviennent comme les deux militaires, le lieutenant Anselme Marchal et l’aviateur Roland Garros qui s’évadent le 15 février d’Allemagne et rejoignent la France en passant par la Hollande et l’Angleterre : le nom de Roland Garros sera donné, entre autres, en 1927, au stade de tennis parisien qui accueille les épreuves de la Coupe Davis.

Agriculture


Les agriculteurs sont mécontents car le bétail réquisitionné est pris sans qu’ils soient payés ni qu’ils reçoivent une preuve de réquisition sous forme de bon ou autre. Ce procédé est appelé "achat à caisse ouverte". Mais sans argent ni bête, les paysans ne peuvent pas travailler leurs champs. Quant aux planteurs de tabac, ils menacent l’État de ne pas en cultiver l’an prochain si le prix d’achat, de 280 F les 100 kg, n’est pas augmenté.


Par ailleurs, des sociétés d’agriculture envisagent la reconstruction : celle du Lot invite l’œuvre des pépinières nationales à présenter ses missions, création de "jardin potager du front" et construction de pépinières d’arbres fruitiers pour la restauration de vergers détruits au nord. Le Touring Club de France lance une souscription pour envoyer des légumes aux poilus et pour reboiser les champs de bataille. Cette association et celle des Écrivains Combattants seront à l’origine de la création en 1931 de la "Forêt des Écrivains Combattants" située à Combes, en Occitanie.


Restrictions

Conformément à la législation, les pâtisseries et les biscuiteries sont fermées depuis le 1er mars et il est interdit de fabriquer ou de vendre d’autres chocolats que celui de qualité courante.

Les quantités de charbon reçues sont toujours aussi faibles comme le constate Villefranche-de-Rouergue : sur 194 tonnes promises en février, seulement 60 sont parvenues. La municipalité ne peut que conseiller de fermer ou ralentir le feu lors des belles journées. À Toulouse, les stocks étant au plus bas, la distribution n’est faite qu’aux personnes qui ne sont pas abonnées au gaz et le coupon ne représente plus que 10 kg.

Pour le pain, parce que les quantités distribuées diminuent, la fraude et le mécontentement augmentent. Dans le premier cas, les fausses déclarations se multiplient : comme un haut fonctionnaire toulousain qui a déclaré quatre personnes au lieu de trois, certains ménages surévaluent leur nombre sur la carte de pain. Dans le deuxième cas, les Toulousains manifestent et "quelques innocentes devantures" ont reçu de "très légères secousses". Aussi, le ministre du Ravitaillement augmente-t-il les rations de pain de 100 et 200 g pour les ouvriers et les travailleurs de force, et le maire de Toulouse alloue-t-il un supplément de 100 g de pain aux femmes enceintes et aux malades, aux ouvriers agricoles, aux ouvriers de force et aux familles nécessiteuses.

Villefranche-de-Rouergue rend obligatoire la carte de pain et décide que la ration minimale quotidienne sera portée à 400 g grâce à l’ajout de pommes de terre à la pâte de pain, "mélange qui a donné de bons résultats".

Pourtant, les pommes de terre sont toujours aussi rares : Rodez en met en vente quelques quintaux, limitant la quantité à 10 kg par ménage et, pour mettre fin aux abus et à la spéculation, le préfet de l’Ariège règlemente leur prix à 18 F les 100 kg et celui des haricots à 160 F les 100 kg. Les habitants de Saint-Gaudens se plaignent de payer le kilo de pommes de terre à 0,45 F alors qu’il est à Toulouse à 0,35 F.

Des mesures sont également prises pour l’essence, distribuée à Albi en exclusivité à ceux qui n’ont ni gaz ni électricité. Dans quelques points de la région, la situation semble s’améliorer à l’exemple de la société des transports économiques départementaux de la Haute-Garonne qui annonce la reprise de quelques-uns de ses services de transport interrompus faute de carburant. Dans d’autres points ce n’est pas le cas et les habitants de Condom se plaignent de le pas avoir de pétrole alors que la ville en aurait reçu, selon la rumeur, "une quantité assez importante".

Municipalité


Pour pallier le manque de main d’œuvre, le maire de Gaillac décide de faire appel à un entrepreneur privé pour l’enlèvement des boues et immondices. Il rappelle à la population qu’il est interdit de détourner les eaux des fontaines à des fins industrielles ou d’en arrêter le cours, de puiser l’eau des bassins ou des abreuvoirs et d’y laver ou mettre à tremper le linge et, enfin, de dégrader les fontaines ou bornes fontaines de la ville.

À Toulouse, la distribution d’eau pâtît de la baisse persistante du niveau de la Garonne et des besoins de plus en plus grands de la population. Aussi la municipalité conseille-t-elle de faire des réserves de 5 h à 10 h. La ville remplace des milliers de bons municipaux de 5 et 10 cts qui servent à la petite monnaie car les précédents sont usagés et subit les doléances du syndicat de l’industrie du bois qui regrette qu’elle n’ait pas fait appel à lui pour la vente des quantités importantes de bois du Ramier et qu’elle perde ainsi le produit de l’adjudication.

Enfin, un maire de la Haute-Garonne est suspendu de ses fonctions par le ministre de l’Intérieur car il a refusé de recevoir dans sa commune cinq rapatriés qui lui avaient été assignés : il les a refoulés dans la nuit froide.

Vie chère

Le syndicat des limonadiers invoquant "l’énorme augmentation des marchandises et du matériel qui atteignent des prix dépassant toute prévision", relève à nouveau ses tarifs. Pour les mêmes raisons, le syndicat des ouvriers et ouvrières de l’habillement militaire menace de se mettre en grève si leurs salaires ne sont pas améliorés. Les employés de commerce, d’industrie et des banques demandent en plus les deux heures de repas pour midi et un congé annuel et payé de huit jours.

Les cheminots obtiennent 3 F par jour d’indemnité de vie chère pour un salaire inférieur à 3 600 F, 2,50 F pour des salaires de 3 600 à 6 000 F et une prime de 100 F pour un premier et pour un deuxième enfant, 200 F pour chaque enfant suivant.

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