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Février 1918

Le 6 février, la Grande-Bretagne accorde le droit de vote au suffrage universel aux Anglais de plus de 21 ans. Pour les Anglaises, il est limité à celles âgées de plus de 30 ans qui paient l’impôt sur la propriété ou qui sont diplômées. Il faudra attendre 1944 pour que les Françaises puissent voter.

28 juin 2019
Auteur : Patrick Roques

Affaires

Le 2 février, le sous-secrétaire d’État à la Santé, Justin Godart, démissionne suite aux attaques de députés nationalistes lui reprochant la nomination par ses services d’un dénommé Paul-Auguste Vacher à la tête de trois hôpitaux militaires de Nice. Ce garçon épicier qui avait usurpé la qualité de médecin-major est resté de longs mois en poste avant d’être démasqué, "au moment où il allait obtenir son quatrième galon".

Le procès de Marie-Paul Bolo qui débute le 9 février se termine par la condamnation à mort de Bolo. Le député italien, Fillipo Cavallini, est condamné à mort par contumace et Darius Porchère, homme de confiance de Bolo, à trois ans de prison.


Agriculture


Les autorités encouragent les cultures de pommes de terre, haricots, lentilles, choux, navets et topinambours. Elles favorisent celle du blé en achetant la production à 60 F le quintal et en accordant des facilités pour l’échange ou le paiement des blés de semences car "le blé est aussi nécessaire que les munitions". Et pour assurer de meilleurs rendements, les engrais sont, dans la mesure du possible, distribués aux agriculteurs : l’Ariège reçoit 5 000 kg de sulfate d’ammoniaque à 125 F les 100 kg, et 20 000 de scories de déphosphoration à 16,50 F le quintal. Le superphosphate étant produit en grande quantité, aucune limite n’est donnée.

Enfin, un service des stocks de la production et de la consommation des céréales est créé au sous-secrétariat du Ravitaillement : la France est alors divisée en circonscriptions agricoles commandées chacune par un contrôleur général chargé de surveiller les surfaces ensemencées, leur moisson et leurs battages.


Armée

La classe 1919 passe en conseil de révision et la journée se déroule traditionnellement. A Villefranche-de-Rouergue elle débute à 8 h par la réunion des futurs poilus au café Les Américains puis par le tour de la ville, la photographie et le déjeuner. L’après-midi c’est le tour des cafés jusqu’à 19 h pour le souper chez M. Alcouffe. La journée se termine à 20 h 30 au café chez M. Sages. Les jeunes reçus à l’examen du certificat de préparation au service militaire pourront choisir leur régiment et, depuis cette année, bénéficieront de 10 jours de permission supplémentaire.

Sur la région, le ministre de la Guerre décide de protéger les indispensables usines hydro-électriques. Aussi, interdit-il la circulation sur certaines parties de rives de cours d’eau à Toulouse, Mancioux, Fos, Bagnères-de-Luchon… et de lieux proches de barrages et d’ouvrages hydro-électriques.

Restrictions


Après avoir limité l’alimentation humaine, les autorités restreignent celle des bêtes : par exemple, la ration quotidienne d’avoine pour les chevaux et les mulets est fixée à 2kg.

Pour le charbon, les stocks au plus bas et les transports ne permettant pas leur reconstitution, les quantités pour les particuliers sont abaissées à 20 kg par coupon et pour la petite industrie et le commerce réduites de 50 %. En Ariège, seulement 500 tonnes sont allouées pour le mois de mars. Par manque de charbon et, d’après son maire, la population auscitaine n’ayant fait aucun effort pour se restreindre, le gaz n’est plus livré que six heures par jour et l’éclairage est encore réduit. À Foix, la chambre de commerce demande que l’avenue de la gare soit éclairée au moins jusqu’au dernier train.

En revanche, grâce à l’arrivée de bateaux d’Amérique, les distributions de pétrole reprennent comme à Foix lorsque la coopérative "La Fuxéenne" en vend à ses 1 200 actionnaires à raison de 4 litres pour chacun. Cependant, nombre d’épiciers de la région en sont encore dépourvus.

Le pain est une denrée fortement contrôlée : le préfet du Tarn le limite à 100 g par consommateur si le repas pris dans les restaurants et hôtels coûte plus de 4 F ou 200 g s’il coûte moins ; à Villefranche-de-Rouergue, la ration est de 75 g pour un repas de plus de 6 F. Toulouse interdit aux "indigènes" (Malgaches, Annamites, Africains du Nord) d’en acheter et lorsque la population se plaint de ne pas en trouver, le maire renvoie dos à dos les mécontents car, pour lui, les boulangers et les particuliers sont fautifs, "[les premiers] pour ne pas avoir réduit le poids des pains d’un cinquième, [les seconds] de ne pas avoir réduit [leur] consommation dans les mêmes proportions". La mairie informe également qu’à partir du 27 février elle distribuera les cartes de pain et la ration quotidienne tombera à 300 g.

En février, le sucre est remplacé par la saccharine dans les cafés, bars et débits de boissons. Il est supprimé de la pâtisserie, la biscuiterie et la confiserie et pour les fabricants de sirops, de limonades, de cidres et de liqueurs. Aussi, les chambres syndicales de l’épicerie et de la confiserie demandent-elles des dérogations au ministre du Ravitaillement pour écouler leurs réserves et les pâtissiers se retournent-ils vers l’État pour obtenir des compensations. Parce que la quantité distribuée par personne diminue, certains trichent car ils déclarent un nombre de membres de famille supérieur à la réalité : ils risquent après enquête d’être privés de sucre pendant une année.

La liste des restrictions s’allonge avec le beurre, le lait frais et le lait condensé qui sont fortement limités dans les hôtels et restaurants ainsi que les fromages mous et les crèmes (Chantilly, petit Suisse, d’Isigny…).

Œuvres


La "Ligue française" constate l’évolution du rôle des marraines de guerre. À l’origine elles apportaient un réconfort moral, généralement par échange épistolaire, au poilu. Chacun voulut sa marraine pour correspondre, pour les colis, mais aussi "pour flirter un peu". De véritables agences de "marrainage" se sont ensuite développées dans certains journaux. Si quelques marraines sont devenues les fiancées et plus tard les femmes des poilus, certains militaires ont poursuivi l’objectif de passer une agréable soirée lors d’une permission.

Transport


Dans l’Ariège, en gare de Mirepoix, les négociants en fourrages se plaignent du manque de wagons : ils ne peuvent pas envoyer dans l’Hérault, l’Aude et les Pyrénées-Orientales les balles alors que la demande est forte. Pour les petites distances, pour pallier le problème de transport dans ce département, on réquisitionne les attelages de bœufs. À Toulouse, le syndicat général du commerce et de l’industrie propose de libérer des wagons utilisés pour la Poudrerie en faisant circuler les produits qu’elle attend par voie navigable, canal et Garonne.

Vie chère


En raison de la vie chère, les vols et les fraudes se multiplient, vol d’un bidon de 8 l de lait à Auch, d’une barrique de 235 l de vin, de colis dans une gare, de cochons à Auzits, d’un veau égorgé, dépouillé et débité sur place près de Gaillac, fraude de 20 l d’eau de vie...

Tout augmente : les coiffeurs de Gaillac portent la taille de la barbe à 0,25 F et celle des cheveux à 0,40 F, les plâtriers obtiennent que l’heure de travail soit portée à 1 F et, "en raison de la hausse des alcools", les limonadiers toulousains relèvent les prix de toutes les consommations de 10 cts, apéritifs, bière mais aussi limonade et café. Ils annoncent la facturation des verres ou bouteilles cassés.

Considérant le coût de la vie, le syndicat de l’arsenal et cartoucherie demande de meilleurs salaires, une indemnité de vie chère appliquée à tous, le minimum des retraites à 1 000 F pour les femmes et 1 200 pour les hommes. Il proteste contre les amendes parfois abusives comme celle infligée à une ouvrière pour avoir mis un chiffon sale dans un poêle au feu alors qu’il n’y a aucune interdiction, amendes qui peuvent s’élever "parfois jusqu’à 40 F pour une futilité". Il dénonce le remplacement de main-d’œuvre féminine par des annamites, malgaches etc…

Enfin, pour combattre la cherté de la vie, les villes s’organisent, les unes en opérant de gros achats de denrées qu’elles distribuent ensuite aux habitants, les autres en créant des coopératives et d’autres encore en réglementant les prix et en confisquant les marchandises vendues plus cher que le prix officiel.

 

 

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