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Janvier 1918

Pour la quatrième année depuis le début du conflit, les autorités informent qu’elles ne recevront pas à l’occasion du Jour de l’An.

28 juin 2019
Auteur : Patrick Roques

Ému par les dures conditions des trieuses de charbon, Émile Marcesche convainc les patrons du Morbilhan de créer une caisse de compensation, première caisse d’allocations familiales en France.


Parmi les "quatorze points de Wilson", nom donné au programme du traité de paix du président des États-Unis, Woodrow Wilson, l’opinion publique retient la "restitution de l’Alsace et de la Lorraine à la France libérée", la réduction de l’armement et la création de la Société des Nations.

 

Affaires

L’ancien président du Conseil, Joseph Caillaux, est poursuivi pour "espionnage et trahison". Son domicile est perquisitionné au début du mois et l’élu est arrêté et écroué à la Santé fin janvier. Dans cette affaire, il n’est pas seul à avoir des démêlés avec la justice car le député landais Loustalot et l’ancien avocat, Paul Comby, sont arrêtés et rejoignent également la Santé. Enfin, pour se disculper des accusations lancées contre lui, Louis Malvy en appelle au jugement du Sénat et doit passer en Haute Cour de justice.

Agriculture


Les céréales - blés, seigle, avoine, méteil, maïs, sarrazin, sorgho et orge - étant indispensables à l’alimentation, les stocks et leur circulation sont de plus en plus contrôlés : les agriculteurs doivent en déclarer leurs quantités auprès de la commission communale. En contrepartie, ils ne seront pas réquisitionnés des céréales nécessaires à leurs besoins familiaux (18 kg par homme, 15 pour une femme et 9 pour un enfant), à l’ensemencement de leurs champs (pour le blé par exemple, 160 kg par hectare) ou à la nourriture de leurs animaux (225 kg de maïs par mois par porc par exemple). Par ailleurs, elles ne peuvent circuler qu’avec une autorisation de la mairie si la route est empruntée ou de la préfecture lorsque les chemins de fer ou les canaux sont utilisés.


Restrictions


Les quantités de charbon reçues par les communes sont encore réduites. Aussi les distributions sont-elles limitées et le gaz commence à manquer : à Auch, le maire demande à la population de restreindre sa consommation "au strict nécessaire" et envisage la fermeture de l’usine ce qui est déjà le cas de Foix. Pour éviter cette éventualité, Condom décide de limiter la distribution de gaz de 6 à 8 h, 10 à 13 h et 17 à 20 h 30.

Le préfet de la Haute-Garonne demande aux municipalités de réduire au maximum l’éclairage public et incite la population et les industriels à faire de même, menaçant de poursuites ceux qui consomment plus que la quantité qui leur a été assignée. Les cafés et les restaurants doivent réduire leur consommation d’électricité de 25, 50 ou 80 % selon qu’ils ont consommé en novembre 2 000 hWh, 6 000 hWh ou 9 000 hWh. Les quelques fraudeurs qui ont procédé à des branchements illégaux sur les câbles passant près de leur logement - s’éclairant ainsi gratuitement -, ont été pris et condamnés sévèrement.

Un décret institue un carnet d’essence pour tous les consommateurs mais parce que les stocks sont faibles, ce produit est réservé à l’armée et au service public. Faute d’essence, le cinéma de Gaillac ferme le 5 janvier "jusqu’à nouvel ordre", c’est-à-dire à la fin du mois.

La situation du pain est la plus critique : aussi, au début du mois, le ministre du Ravitaillement établit-il de nouvelles règles qui limitent les rations quotidiennes. Une carte de pain est distribuée et les consommateurs sont rangés en trois catégories suivant leur âge, la dépense de la force musculaire dans leur profession ou leurs besoins quotidiens pour les malades et les blessés, soit 600 g de pain quotidien pour les travailleurs des métiers de force de plus de 16 ans et 500 g aux femmes, 400 g aux travailleurs des "petits métiers" et 300 g aux femmes. Les hommes et femmes de plus de 16 ans autres que ceux de ces catégories ont 200 g ainsi que les enfants de 16 ans et moins. La carte de pain est établie dans les communes de plus de 20 000 habitants sans obligation comme c’est le cas à Toulouse qui ne souhaite pas l’appliquer. Distribuée par l’Office communal du pain, elle est individuelle, nominative et intransmissible et des carnets provisoires sont accordés aux personnes qui se déplacent ainsi qu’aux militaires en congés ou permission.

Mais parce que les conditions se dégradent - sur les 90 millions de quintaux de blés nécessaires, 50 millions manquent - les préfets enjoignent, à la fin du mois, chacun à réduire sa consommation de 20 %. Aussi, les boulangers diminuent-ils dans les mêmes proportions les prix et le poids des pains passant par exemple ceux de 5 kg à 4 kg.  

Quant au scaferlatti - tabac finement découpé en lanières -, son prix est fonction des institutions pour lesquelles il est vendu : le "scaferlatti d’hospice" en paquet de 100 g est à 8 F pour les établissements de charité privé, 2,50 F pour les établissements entretenus par l’État, le "scaferlatti de troupe" également appelé "perlot" ou "gris" est également à 2,50 F…

Vie chère

Les Français subissent l’augmentation des prix des produits, des services et des denrées. Aussi, le syndicat des postiers demande-t-il le doublement de l’indemnité de vie chère, à 3 F, et le syndicat de l’arsenal et de la poudrerie menace-t-il les autorités d’une grève s’il n’obtient pas le relèvement des salaires et des retraites, la prise de mesures préventives contre les licenciements et le maintien de salaire dans le cas de réduction d’heures. Par ailleurs, certaines taxes sont relevées comme les droits de succession et de donations ou par exemple les taux sur les bénéfices de guerre qui passent de 50 à 80 %.

Municipalités


Les conséquences du grand froid de janvier sont nombreuses : les accidents se multiplient à cause du verglas, notamment dans le Gers et les boues jonchent encore les rues de Gaillac car "le boueur n’a pu passer à cause du mauvais temps".

C’est également le verglas qui a empêché le transport d’une pièce défectueuse d’un des moteurs de l’usine élévatoire de Guilhermy et l’eau manque depuis décembre dans les hauts quartiers toulousains. Lorsque la pièce est arrivée, c’est le gaz oxygène qui, faisant défaut, n’a pas permis avant le 12 janvier la soudure autogène. "Sauf imprévu", la mise en marche du moteur devrait être effective le 23 janvier.

À cause de l’état des rues toulousaines verglacées, les charbonniers, ne voulant pas risquer leurs chevaux, ne vont pas chercher le charbon à la gare ou au dépôt des Magasins généraux et les Toulousains se plaignent de ne pas en recevoir. Aussi, la mairie décide-t-elle d’augmenter les quantités de bois à 250 kg par famille à retirer à l’entrepôt Maury. Mais l’affluence est telle qu’après deux jours, la distribution cesse faute de bois. Elle ne reprendra que quatre jours plus tard.

C’est enfin le froid qui a causé l’écartement des rails à l’origine de l’accident ferroviaire de Bagnac (Lot) mais seuls les dégâts matériels sont importants.

À Toulouse, le manque de nettoyage est dû au service dont le nombre d’agents, 90 en période de paix, est tombé à 55 en 1918 alors que les quantités de gadoues ont augmenté d’un tiers à cause de la présence des réfugiés, des soldats blessés, des malades… Rappelant aux usagers qu’ils doivent verser les ordures dans des caisses métalliques étanches et fermées, la municipalité menace de contrôles fréquents qui "éviteront peut-être le mauvais exemple du quartier de l’Embouchure où des immondices sont déversés". La mairie doit également combattre des incivilités : parce que les Toulousains montent ou descendent en marche des tramways, de nombreux accidents se produisent. Aussi limite-t-elle la vitesse à 18 km/h, vitesse qui doit "être modérée" sur toute la ligne après le coucher du soleil car l’éclairage public est alors réduit. De plus, lorsque le tramway est au complet, les wattmans ne doivent pas "arrêter les voitures pour prendre du monde mais pour en descendre". Enfin, dernière mesure, la société Pons qui gère le réseau, doit remplacer son système de perception par la distribution de tickets à remettre à chaque voyageur en paiement du prix de la place.

Œuvres


Le sous-secrétaire d’État au service de la Santé est reçu en grande pompe le 2 janvier à Castelnaudary car il vient fermer l’hôpital auxiliaire n° 12 de la Croix-Rouge. Il remercie les personnes "qui se sont données sans compter" et celles qui, par leur générosité, ont permis à la structure de fonctionner depuis trois ans. À Gaillac, après 40 mois d’exercice, l’hôpital 202, qui compte 25 264 journées d’hospitalisation, ferme également et la direction remercie toutes les autorités et les particuliers pour leurs dons et les nombreux prêts de mobiliers.
Ces locaux libérés pourraient servir à accueillir les réfugiés car les besoins sont importants et urgents : l’union des comités des réfugiés français demande la réquisition de logements vides et leur location à des prix raisonnables.

 

 

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