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Décembre 1917

L’ancien président du Conseil, Joseph Caillaux, est poursuivi pour "espionnage et trahison".

26 juin 2019
Auteur : Patrick Roques

Le 7 décembre les États-Unis puis le Panama déclarent la guerre à l’Autriche-Hongrie. Deux jours plus tard, la Roumanie, battue, signe l’armistice de Focsani avec l’Allemagne et le 15 décembre c’est au tour des Russes avec les Allemands.

 

Affaires

Impliqué dans les affaires Bolo Pacha et Le Bonnet Rouge, Joseph Caillaux, président du Conseil en 1912, est accusé de trahison dès l’arrivée au pouvoir de son vieil ennemi Georges Clémenceau : il paie ses positions pacifistes du début de la Grande Guerre. La Chambre vote la levée de son immunité parlementaire.
Cette propagande pacifiste inquiète les autorités car elle s’étend : un soldat est pris en train de déchirer les affiches de l’emprunt placardées dans une gare, une institutrice accusée de menées pacifistes est arrêtée ainsi qu‘une personne dénoncée par un député : elle était à son service.

Agriculture

Face au manque de main d’œuvre, les autorités remplacent les permissions agricoles par les "détachements agricoles" : demandés par les intéressés, ils dureront de 10 jours à deux mois. Les agriculteurs peuvent également employer les soldats russes depuis que la Russie a signé l’armistice avec l’Allemagne. Groupés par équipes de cinq au moins, ils sont mis à leur disposition. Leur solde est à la charge de l’employeur - 3,10 F par jour ouvrable de 8 h, chaque heure supplémentaire étant payée 0,375 F -  ainsi que le logement, l’éclairage, le chauffage et la nourriture. Seule la nourriture sera remboursée par le chef de détachement russe.

Le ministre de l’Agriculture a renforcé les contrôles : un mobilisé à la terre, ayant abandonné sans autorisation la culture de sa propriété située dans la Haute-Garonne, a été arrêté et ramené par la gendarmerie au dépôt de son régiment où il a été emprisonné.

Armée 

Les autorités prennent des précautions, le 1er décembre, en supprimant l’éclairage à 4 km en moyenne des côtes : toutes les vitres des locaux situés dans cette zone, sur la côte languedocienne par exemple, doivent être peintes en bleu ou masquées par des stores ou des persiennes pour éviter les canonnades ennemies.

Restrictions

Le charbon fait cruellement défaut surtout en cette période de froid et Toulouse partage le peu qu’elle a reçu en augmentant le coupon de la carte à 30 kg mais les habitants souffrent de l’hiver rude. Aussi les vols se multiplient-ils chez les particuliers et à la gare où on en a pris 1 500 kg dans un wagon.

Les conséquences des restrictions sur l’essence sont nombreuses : son prix passe à 1,20 F et certaines activités cessent. La société des transports économiques informe qu’elle arrête momentanément ses activités pourtant confiées par le département.

Pour le sucre, les rations distribuées sont toujours faibles, 500 g par personne, ce qui engendre la fraude. Aussi les maires décident-ils que les coupons donnés par les particuliers aux épiciers porteront dorénavant le nom de la commune et le numéro du carnet.

Le tabac manque toujours et "on fume plus que jamais". Les autorités relancent la culture en portant la prime de 40 F en 1917 à 90 F en 1918 pour 100 kg avec une indemnité de 3 F accordée aux experts et aux arbitres planteurs pour les livraisons en janvier 1918.

Le décret du 20 décembre interdit de fabriquer de la pâtisserie et de la biscuiterie avec des farines de froment, méteil, seigle, maïs, orge, sarrasin, avoine et riz. Les magasins vendant les pâtisseries, confiseries, glaces, chocolats et biscuits doivent fermer deux jours par semaine. Pour protéger ce commerce, il est interdit de consommer sur place, de fabriquer ou de vendre de la pâtisserie, biscuiterie, confiserie dans les boulangeries, les restaurants, hôtels , cafés, maisons de thé, buffets, cantines…

Quant aux chocolatiers, face à la pénurie, leur chambre syndicale décide de consacrer exclusivement ses matières premières à la fabrication de chocolat, arrêtant la confiserie chocolatée.

Enfin, les restrictions concernent également le papier car les stocks sont au plus bas. Le gouvernement interdit, le 26 décembre, les affiches et la distribution gratuite de prospectus ; il réglemente la publication de livres et restreint la vente de prospectus, catalogues et agendas. Tout quotidien qui comporte plus de 1/3 de publicité est considéré comme un prospectus : il est donc limité en dimensions et en grammage comme les cartes postales qui ne peuvent être publiées que sur du papier de 240 g maximum. Même les publications de l’armée sont touchées : le Bulletin des armées est supprimé pour raisons budgétaires.

Culture

Deux événements culturels se déroulent en ce mois de décembre, le premier à Gaillac : sous le patronage du Touring Club de France un "spectacle sensationnel" est donné au Kursaal-Cinéma de la ville au profit de l’œuvre du soldat au front. Le journaliste Ernest de Thoran commente à partir de 2 500 m de films "pris sur le vif et sans aucune espèce de trucage", la "dévastation de la Belgique et du Nord de la France par les armées allemandes" et "la sanglante Bataille de l’Yser".

Le deuxième événement concerne la soutenance d’une thèse : pour la première fois dans les annales de l’Université, elle est présentée à titre posthume. Le 18 décembre le président du jury, le professeur Houques-Fourcade développe les idées maîtresses du mémoire portant sur une "monographie sur le déplacement de la population dans le département du Tarn de 1801 à 1914". Son auteur, M. Valaxt est "Mort pour la France".

Municipalités

La Croix-Rouge américaine poursuit sa campagne de dons : 62 000 F sont adressés le 5 décembre à la Haute-Garonne puis 28 000 F au Lot, à la fin du mois. Les départements doivent les distribuer, à concurrence de 100 F, aux familles les plus éprouvées par le conflit.

À Toulouse, la municipalité en déficit doit s’endetter pour entreprendre les travaux urgents : parce que "l’état de la route de Bayonne à partir de la Patte-d’Oie jusqu’au bas de la côte de Purpan est déplorable", son empierrement est nécessaire. C’est également le cas à Gourdan-Polignan : l’avenue de Polignan doit être empierrée depuis un an mais l’administration des Ponts et Chaussées évoque le manque de personnel.

Villefranche-de-Rouergue préfère donner des conseils pour lutter contre la vie chère : pour diminuer la consommation de pétrole, il faut faire tremper les mèches neuves dans du vinaigre et les laisser sécher. En mettant une ou deux boules de naphtaline dans le récipient contenant du pétrole on accroît la puissance lumineuse de la lampe. Pour raviver les étoffes usagées il faut les faire bouillir dans une certaine quantité de feuilles de lierre et les repasser ensuite humides. Le savon étant très cher, on peut en réaliser en récupérant les cendres de fougères mises en boule et séchées au soleil…

À Toulouse c’est le docteur Galy, éminent membre de la ligue nationale des économies et de l’épargne, qui souhaite fonder, dans cette ville et quelques autres, des écoles économiques où les femmes et les jeunes filles viendraient apprendre gratuitement la cuisine rationnelle, l’hygiène et la puériculture. On enseignera aux femmes à lutter contre la vie chère en faisant le plus possible par elles-mêmes.

Fêtes de fin d’année

Les œuvres et les autorités organisent les fêtes de fin d’année, les œuvres principalement avec les colis envoyés aux soldats et aux prisonniers et avec les "Arbre de Noel" comme l’après-midi préparé par l’œuvre des Bons-Enfants pour les orphelins de guerre. Quant aux autorités, les préfectures autorisent la vente de pâtisseries et de confiseries les mardis 25 décembre et 1er janvier et les municipalités permettent l’ouverture des magasins qui seront exceptionnellement éclairés jusqu’à 21 h les lundis 24 et 31 décembre. Enfin, les dates des vacances de Noël et du jour de l’An sont fixées : elles débutent le 23 décembre et se termineront le 2 janvier inclus.

Les foires de fin d’année ont un grand succès à l’approche des fêtes même s’il manque quelques produits et si "les porcs ne sont pas très gras" comme à Villefranche-de-Rouergue. "Malgré une affluence énorme", le 21 novembre, Mirepoix est déçu car "les affaires traitées [sont] à peu près nulles à cause du manque de wagons pour les commerçants étrangers à la ville".

Malheureusement pour les salariés, le gouvernement décide de supprimer les ponts de Noël et du jour de l’An, les réservant à la production.

 

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