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Mai 1917

Le 1er mai n’est pas chômé à la demande des syndicats et de la SFIO qui considèrent comme prioritaires les productions de guerre. Mais la vie chère et les ravitaillements de plus en plus difficiles entraînent de nombreuses grèves.

18 mars 2019
Auteur : Patrick Roques

Au front, des mutineries répondent à l’échec des offensives du général Nivelle : 68 des 112 divisions sont touchées, 629 soldats sont jugés et 50 d’entre eux seront exécutés. Ferdinand Foch originaire de l’Occitanie, né à Tarbes en 1851, est nommé chef d’état-major en remplacement du général Pétain.

Blessés

Les blessés arrivent toujours en grand nombre dans les villes de la région, près de 200 à Pamiers le 2 mai, un "convoi important" à Auch le 10, mais aussi dans le Tarn, le Gers… Leur arrivée est source d’activité et de revenus pour la cité et les habitants d’Eauze sont contents que "la vie [renaisse] dans notre hôpital" avec le dernier convoi : aussi le comité au secours aux blessés informe-t-il des besoins et des quêtes à venir. En revanche, les autorités de Montréjeau se désespèrent et demandent des blessés car l’hôpital de Gourdan-Polignan est "grandement inoccupé".

 

Pénuries

    Charbon

Le gouvernement réserve les cartes de charbon aux Parisiens car il considère qu’eux seuls rencontrent des difficultés d’approvisionnement. Il décide d’améliorer la production, qui stagne à 2 millions de tonnes par mois, en mettant en sursis les jeunes mineurs mobilisés des classes 1907, 1908 et 1909. Dans l’Ariège, les services du préfet recensent les quantités de charbon supérieures à 1 000 kg chez les industriels, les commerçants et les particuliers.

 

    Beurre

Le prix réglementé des beurres est supprimé car les autorités considèrent qu’il n’y a plus de problème d’approvisionnement. Mais, rapidement, les prix s’envolent, de 4,80 F le kg ils passent à 5,40 F. Le beurre qui devient à nouveau rare fait de nombreux mécontents.

    Farines

Les restrictions imposées aux les pâtissiers sont étendues aux biscuitiers-pâtissiers qui devront concevoir des gâteaux sans farine autre que la farine de riz. Les petits fours subsistent ainsi que les gâteaux aux pâtes de fruits. 

Pour les boulangers, afin d’éviter toute augmentation du pain, les préfets réglementent les prix des farines maintenant nécessaires à sa fabrication : dans la Haute-Garonne, la farine de froment est fixée à 45,25 F les 100 kg et la farine de maïs à 63,75 F le quintal.

    Papier

Pour répondre à la crise du papier et à sa rareté, le gouvernement décide de réduire le nombre de pages des quotidiens en fonction de la superficie de la première page au 31 juillet 1914 : par exemple les quotidiens d’une superficie supérieure à 0,2137 cm2 seront limités à deux pages les lundis, mardis, jeudis et samedis, quatre les autres jours. La commission interministérielle de la presse décide de supprimer le service gratuit, essentiellement tous les journaux qu’elle offrait gratuitement aux  préfectures, tribunaux, mairies, gendarmeries…

    Sucre

Le ministre du ravitaillement autorise exceptionnellement la saccharine dans la préparation de vins mousseux et vins de liqueurs seulement.

    Viandes

Le gouvernement informe le 10 mai de nouvelles mesures concernant la viande : elle ne sera plus interdite le soir mais, du 15 mai au 15 octobre, deux jours par semaine. Il conseille les lundis et mardis mais laisse le choix aux préfets en fonction des jours de foire et autres. Des dérogations sont possibles en ce qui concerne les malades et la viande de cheval est autorisée tous les jours. Aussitôt les syndicats professionnels demandent au ministre du Ravitaillement d’assouplir ces mesures alors que les comités consultatifs d’action veulent, comme celui de la Haute-Garonne, les renforcer. Les boucheries et les charcuteries devront être fermées deux jours par semaine ainsi que les abattoirs, du samedi 23 h au mardi 6 h.

  Autres produits...

Les cartes d’essence sont délivrées à Foix pour le chauffage et l’éclairage domestique aux seules familles qui ne reçoivent pas l’électricité. Et à Villefranche-de-Rouergue, 0,10 F sont demandés pour l’établissement de ces cartes. 

 

Mouvements sociaux

Dus à la vie chère, des mouvements sociaux éclatent vers le 13 mai en Angleterre, notamment dans les usines à munitions ce qui inquiète le gouvernement anglais. En France, la vie est chère et les salaires n’ont pas évolué. Quelques entrepreneurs versent des "indemnités de vie chère" à leurs employés mais ils sont peu nombreux. Aussi, des grèves éclatent-elles, essentiellement à Paris : grèves des midinettes couturières, des salariés de grandes banques ou d’établissements de crédits, des modistes, des ouvrières cartouchières, des bouillonneuses (serveuses, plongeuses, cuisinières…), des employées de grands magasins ou de l’alimentation, des bouchers, des ouvrières des lampes électriques des sociétés Iris et Ziem, des cordonnières, des plumassières, des ouvrières des boutons militaires et des jumelles… Les grévistes sont rapidement rejoints par une quinzaine de nouvelles corporations (repasseuses, blanchisseuses, dévideuses de coton, bobineuses….). Les grèves s’étendent rapidement à la France.

Au début, les revendications portent sur les indemnités de vie chère – les midinettes obtiennent 1 F par jour, les employés 1,25 F – puis les grévistes demandent l’amélioration des conditions de travail, l’obtention de la semaine anglaise (repos le samedi après-midi en plus du dimanche). À Toulouse, les ouvrières et ouvriers du magasin central obtiennent une augmentation de leurs salaires. Parfois on exige comme à la Poudrerie la diminution d’amendes qui peuvent tomber en cas de retard ou d’erreur. Et les accords sont toujours signés par les chambres syndicales et patronales.

 

Municipalités

Un incendie aux graves conséquences se produit le 25 mai à 4 h 30 dans un atelier d’encaissage à la poudrerie à Toulouse : 9 morts, 4 femmes et 5 hommes, et de nombreux blessés sont à déplorer. Les pertes humaines sont lourdes car la combustion de poudre a été instantanée.

Foix vient d’inaugurer le 30 avril dernier une nouvelle usine électrique. L’usine dite "Moulin de l’Ariège" fournit l’énergie électrique nécessaire au fonctionnement de l’usine d’obus située à proximité, au lieudit "Moulinery". Toulouse qui envisage la construction d’une usine hydro-électrique, annonce le recrutement de quatre à cinq surveillants de travaux.

À Villefranche-de-Rouergue, le préfet avertit les habitants de la circulation de fausses pièces de 0,50 F en aluminium, millésimées 1915, ce qui pourrait inquiéter à Tarascon-sur-Ariège où doit se tenir la grande foire du 8 mai qui attire de nombreuses personnes : deux trains spéciaux sont ajoutés entre Pamiers et cette ville. 

Dans toutes les villes, des brochures explicatives sont mises à disposition des ménagères pour qu’elles fassent des économies. Par exemple, Villefranche-de-Rouergue montre comment réaliser une "marmite norvégienne" pour diminuer la consommation d’énergie nécessaire à la cuisson des aliments.

Enfin, les vacances scolaires de la Pentecôte approchent et les autorités décident de les prolonger de deux jours, du 26 mai au soir au 1er juin au matin pour laisser encore les jeunes participer aux travaux des champs.

 

Réfugiés et étrangers

Les réfugiés qui arrivent en grand nombre en Occitanie viennent de régions libérées. Ils ont eu à souffrir "de longs mois sous le joug des boches tant en France qu’en Allemagne". Leur nombre, 200 arrivés à Foix, 250 à Saint-Girons, 269 dans l’Aveyron, plus de 500 dans le Gers… témoigne de l’avancée des Alliés. Les services de préfectures établissent des listes essentiellement composées de femmes et d’enfants.

Les étrangers subissent une surveillance plus étroite car le gouvernement décide qu’ils doivent posséder une carte d’identité, du moins ceux qui séjournent depuis plus de quinze jours en France et sont âgés de plus de 15 ans. Chacun d’eux doit fournir aux préfectures tous les renseignements concernant son état-civil, sa situation familiale, sa nationalité, sa résidence etc….

 

 

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