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Decembre 1916

En décembre, Aristide Briand (président du Conseil) remanie son gouvernement qui passe de 23 à 10 membres, les socialistes en étant écartés. Le 13 décembre 1916, le général Hubert Lyautey devient ministre de la Guerre et le 26 suivant, le général Joseph-Jacques-Césaire Joffre originaire de la région (il est né à Rivesaltes) est élevé à la dignité de maréchal de France par Raymond Poincaré, président de la République française.

09 janvier 2019
Auteur : Patrick Roques

Agriculture

Partout en France, les résultats de l’agriculture sont décevants : il manque 18 millions de quintaux de blé en 1916 par rapport à 1914. Comme dans de nombreux autres départements, le froment et le seigle dans le Gers sont en diminution, l’orge et l’avoine à peu près identiques à l’année 1915.
Aussi, de nouvelles semences sont-elles proposées aux agriculteurs. Le directeur des services agricoles de l’Ariège, comme celui du Tarn-et-Garonne, bat les campagnes et fait la promotion du blé de Manitoba, du nom de la province canadienne, blé "qui a donné satisfaction l’an dernier dans plusieurs départements de France".
Des techniques nouvelles sont expérimentées et des essais, qui ont lieu au quartier de Mélou, à Castres le 4 décembre, concernent divers instruments comme les pulvérisateurs. Les comptes rendus d’expériences sont publiés à l’attention du plus grand nombre : le tracteur Emerson propriété du syndicat cantonal agricole d’Auterive (31), "habilement manœuvré par un mutilé de guerre" a retourné 1,5 ha en un jour. Mais "au point de vue de l’ouvrage, cela ne vaut absolument pas le travail d’une bonne paire de bœuf dirigée par un laboureur expérimenté" selon les avis recueillis. Néanmoins, l’initiative est un succès.
En revanche, les sabots étant indispensables aux agriculteurs et leur prix ayant fortement augmenté – de 1,50 F la paire en 1914 à 8 F en 1916 – les demandes affluent pour que les sabotiers obtiennent des sursis.

Armée

Au début du mois, les autorités informent que les conseils de révision de la classe 1918 débuteront le 28 décembre. À Villefranche-de-Rouergue, la municipalité demande aux jeunes gens de la commune nés en 1898 de se faire inscrire sur le tableau de la classe 1918.
Le 11 décembre 1916 est créé l’insigne des blessés militaires, des militaires retraités ou mis hors cadres ou réformés pour maladies contractées ou aggravées au service. Suite aux nombreux cas de pieds gelés des soldats au front, le ministère de la Guerre décrète que la gelure des pieds est considérée comme une blessure de guerre.
Les autorités donnent le menu de réveillon de nos poilus : 100 gr de jambon cru, 2 biscuits secs, 125 cl de vin en plus de celui quotidien, une bouteille de Champagne pour quatre, un cigare et deux oranges par homme.

Restrictions

Suite aux mesures prises pour économiser l’énergie, le 26 décembre, les autorités la rationne pour les particuliers qui consomment plus de 1 m3 de gaz ou de 3 hectowatts d’électricité par jour. Elles décident également de restreindre l’éclairage public à partir de 17 h 30, d’imposer des restrictions aux cafés, bistrots, restaurants et de fermer les établissements de spectacles à 23 h 30 les obligeant à deux jours de relâche par semaine. Du fait des restrictions et des fermetures, une grève des Théâtres de Paris se profile pour le 9 janvier 1917.
Le manque de wagons est toujours un problème même si 20 000 vont être mis à notre disposition par l’Angleterre ainsi que les bateaux qui transportent le charbon qu’elle nous vend. Pour assurer le ravitaillement de la population en sucre, sel, pétrole, charbon… mais aussi sulfate de cuivre, soufre et autres produits nécessaires à l’agriculture, le département du Tarn-et-Garonne loue 10 wagons. En revanche, démunie, la direction de l’usine de gaz de Carcassonne, informe la population qu’elle cessera, faute de charbon, la distribution de gaz à partir du 15 décembre.

Impôts

La guerre dure depuis 29 mois et son coût est élevé : les dépenses mensuelles de l’État étaient pour chacun des cinq derniers mois de 1914 de 1 340 millions de francs, pour 1915 elles sont passées à 1 900 millions par mois, pour 1916 à 2 695 millions et pour 1917, les prévisions sont de 2 846 millions de francs par mois. Aussi, les augmentations de taxes et impôts et les créations de taxes nouvelles se précisent-elles : leur application est annoncée pour le 1er janvier prochain.

Mémoire

Villemade (Tarn-et-Garonne) érige deux tableaux dans la mairie, dédiés aux morts de la guerre : sur le premier sont inscrits quatre noms, ceux des morts pour la patrie et sur le second cinq noms, ceux des morts honorés d’une citation pour faits de guerre.
À Sabeilhan, dans le Gers, le maire a reçu le diplôme des morts sur avis officiel du soldat Henri Arseguet tué au champ d’honneur. Ayant la lourde tâche de le remettre aux parents de ce soldat, il apprend avant sa visite qu’Henri Arseguet est en vie, prisonnier en Allemagne et va donc porter la bonne nouvelle.

Main-d’œuvre

Les besoins dans les dépôts de l’armée sont importants en travaux d’écriture, manutention, couture, lavage… Les autorités recherchent des femmes recrutées de préférence parmi les victimes de la guerre qu’elles emploieraient après une période de stage. Les taux de salaires sont en cinq classes et une indemnité est versée si l’emploi est dans une autre localité que celle de la résidence principale. L’armée informe de possibles augmentations de salaires et d’avantages comme des congés annuels, la paye tous les 8 jours, le repas facultatif à l’ordinaire du corps dans une salle spéciale contre 1,5 F, de soins médicaux et d’allocations pour maladies.

Municipalité

Les vacances de Noël sont annoncées du samedi 23 décembre après la classe du soir au mardi 2 janvier au matin, ce qui réjouit les élèves.
En revanche, le comportement des laitiers fait de nombreux mécontents qui dénoncent aux autorités les nombreux cas de refus de livrer le litre de lait à 0,45 F, ou les livraisons par demi-litre à 0,25 F ou encore un coût de 0,45 F le litre sans donner la quantité voulue. En réponse aux difficultés d’approvisionnement du lait, la municipalité toulousaine décide d’en apporter chaque jour 300 litres. Collectés dans la région de Saint-Gaudens, ils seront distribués par les débitants au prix de 0,45 F le litre.
L’approvisionnement du bois faisant également défaut, de nombreuses collectivités prennent en charge les livraisons : le comité d’approvisionnement local de Montauban prévient les habitants de la ville qu’ils pourront recevoir prochainement des quantités limitées de bois.
À Sète, le port prend beaucoup d’importance car les expéditions de matériel à la nouvelle armée d’Orient se développent considérablement. Le port doit, de plus, assurer une mission de surveillance des côtes. Aussi un commandement de la marine est-il créé dans cette ville.
Enfin, le 10 décembre, la foudre tombe sur l’usine de pétrole de Balaruc-les-Bains (34). Bien heureusement, les grands réservoirs, les magasins et les bâtiments d’exploitation n’ont pas été touchés et les dégâts sont de faible importance.

Les grands hommes

À 81 ans et toujours en activité, le professeur Félix Garrigou, originaire de l’Ariège, reçoit le prix Wilde de l’Académie des Sciences pour ses travaux sur l’hydrologie.
Le 13 décembre 1916, décède à Paris Antonin Mercié. Né à Toulouse le 29 octobre 1845, prix de Rome en sculpture en 1868, membre de l’Académie des beaux-arts en 1881, ayant reçu de nombreuses autres distinctions, il est un grand sculpteur et peintre français.

Assistance et oeuvres

Afin de "prévenir les abus", Toulouse créé au début du mois une carte destinée aux réfugiés. La situation de l’intéressé, ses ressources et le montant des secours dont il a bénéficié seront indiqués.
Mais la priorité d’autres municipalités est, comme Mazamet, d’organiser l’envoi de vêtements aux prisonniers de guerre ou, comme L’Isle-Jourdain, en liaison avec le comité local "du tricot" qui confectionne des chandails, caleçons, chaussettes, passe-montagnes, gants… de pourvoir les soldats de la région au front. Les familles ont également, comme l’an dernier à pareille époque, la possibilité d’envoyer gratuitement par la poste un colis de 1 kg aux militaires et marins. Cette mesure gouvernementale décidée du 15 au 26 décembre suivra l’ordre alphabétique : les colis dont les noms des soldats débutent par A et par B seront les premiers envoyés sur les deux premiers jours.
En décembre, les œuvres n’oublient pas localement de fêter Noël : l’association de l’Aiguille de la réfugiée organise "le soulier de Noël" pour donner une paire de souliers et un sac de bonbons à chaque enfant réfugié. Les "arbres de Noël" sont réalisés dans de nombreux endroits pour les plus démunis, notamment pour les orphelins de la guerre.

 

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