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Octobre 1916

Le 5 octobre est lancé le deuxième emprunt français, l’emprunt de la défense nationale.

07 janvier 2019
Auteur : Patrick Roques

Agriculture

Les autorités ayant constaté qu’un "certain nombre de fermières restent seules sur des exploitations de faible étendue par la suite de la perte ou l’absence d’un mari ou d’un fils", pour éviter l’abandon de ces propriétés, demandent la mise à disposition d’ouvriers agricoles locaux. La main-d’œuvre militaire va participer aux semailles ainsi que les ouvriers agricoles espagnols qui terminent les vendanges.
L’État favorise la culture du blé, essentielle à l’alimentation de l’armée et de la population civile, en versant aux producteurs une prime de 3 F par quintal récolté. La récolte de pommes de terre s’annonçant abondante, du moins dans l’Aude, le préfet règlemente le prix à 16 F les 100 kg et à 0,20 F le kg. Ce département a probablement lutté efficacement contre les « nuisibles », mesures que prennent alors d’autres départements. L’Aveyron autorise la capture de lapins et de tout « nuisible » du 1er octobre 1916 au 31 mars 1917 les jeudis et dimanches avec des armes à feu et des chiens. Le Gers organise les battues au renard à Samatan et dans d’autres villes et la destruction de « nuisibles » dont la liste est longue -lapins de garenne, sangliers, loups, renards, blaireaux, ours, loutre, chats sauvages, chat haret, martre, putois, fouine, belette, roselet, civette, genette, écureuil et nombre d’oiseaux -, est règlementée dans le Tarn-et-Garonne où seuls les deux armuriers du département, messieurs Schmitt (Montauban) et Alibeau (Castelsarrasin) sont habilités à vendre la poudre de chasse.
Les essais de motoculture s’intensifient notamment dans la Haute-Garonne, huit syndicats sont munis de tracteurs dont celui de Muret qui possède un "Case", Auterive qui a un "Emerson" ; à Bérat le "Mogui" est utilisé et à Ondes c’est un "Bull".

Armée

L’organisation de l’armée est en évolution constante : mettant en œuvre les méthodes d’hygiène indispensables à la santé des troupes, le service de santé militaire crée dans chaque région deux équipes sanitaires composées chacune de quinze hommes.
Par ailleurs, pour libérer les soldats de missions non-combattantes, le ministère demande d’utiliser, dans une plus grande mesure, le personnel non militaire (personnel féminin, jeunes gens, mutilés, hommes dégagés de toutes obligations militaires) pour des fonctions de secrétaires, plantons, dactylos, comptables, manutentionnaires, cuisiniers, lingères…. Les personnes recrutées seront payées entre 2,25 F et 4 F par jour selon la localité et la profession.
Dans l’aviation, composante de l’armée de terre, les pilotes d’avion sont des héros, des hommes à part dont les exploits sont publiés. Le sous-lieutenant Guynemer est à la tête du classement des aviateurs ayant abattu le plus d’avions allemands avec 19 touchés plus un Drachen, suivi du sous-lieutenant Nungesser avec 14 et de l’adjudant Dorme avec 13. Le lieutenant Paul Laffont, député ariégeois et pilote aviateur, est sérieusement blessé au retour d’une reconnaissance aérienne. Il fera une brillante carrière, devenant sous-secrétaire d’État aux PTT dans les années 1920.
Enfin, pour leur témoigner la reconnaissance de la nation, le ministre de la Guerre décide de supprimer la mention "groupe spécial" aux bataillons spéciaux composés d’hommes ayant un casier judiciaire rempli. Les autorités ont constaté que ces unités sont celles qui rapportent le plus de citations.

Sport

Le dimanche 1er octobre, des soldats du 20e corps d’armée, arrivés à Paris, disputent au Parc des Princes, à 10 h, un match de foot contre une équipe de l’association sportive française composée de plusieurs éléments appartenant à l’armée anglaise. Devant plus de 10 000 personnes, en présence du roi du Monténégro et son état-major, du sous-secrétaire d’État aux munitions, de généraux, de préfets et de nombreux notables, les poilus du 20e corps d’armée perdent par 1 à 0.

Culture

L’évènement culturel d’octobre est la venue à Toulouse du célèbre pianiste français Francis Planté (1839 – 1934) qui y donne deux concerts au profit des œuvres de guerre, de l’œuvre des mutilés, de la Croix-Rouge, des femmes de France, des prisonniers, des orphelins et des victimes de guerre. Il se produit les jeudi 19 et samedi 21 octobre à la chapelle Sainte-Marie, 20 rue Merly, les places étant au prix de 2 à 6 F.
C’est également dans cette ville que, suite aux dangers qui planent sur le Pont-Neuf et l’Hôtel-Dieu menacés de destruction par le conseil général de la Haute-Garonne, la société des Toulousains de Toulouse met en vente un numéro spécial de L’Auta qu’elle consacre à la sauvegarde des deux édifices.

Restrictions

Le prix du papier ayant fortement augmenté, la presse française refuse de suivre l’exemple italien - le 2 octobre, le gouvernement italien décrète qu’aucun journal transalpin ne paraîtra le dimanche -. Elle préfère faire appel aux dons de ses lecteurs et abonnés. C’est le moment que choisi un nouvel hebdomadaire Rugby pour paraître : le premier numéro date du 7 octobre 1916.
La crise du sucre s’accentue comme s’en plaignent les habitants. La seule réponse du gouvernement qui vient de recevoir 5 bateaux de 30 000 tonnes de cette denrée, est de doubler le prix, de 5 à 10 F les 100 kg.
Quant aux transports, le manque de wagons a des conséquences désastreuses sur le commerce des vins. Les propriétaires de wagons en profitent pour exiger des prix anormalement élevés pour leur location, 8 à 10 F par hl transporté : au nom des viticulteurs, le député de l’Hérault, Édouard Barthe, demande la réquisition de wagons.

Économie

L’État lance le deuxième emprunt national depuis le début de la Grande Guerre. La souscription débute le 5 octobre, est close le 29 octobre 1916 et la rente de 5% est exempte d’impôts. Le premier emprunt, celui de novembre 1915, a rapporté 11,851 milliard de francs. La souscription à l’emprunt est possible dans les banques, les bureaux de postes, les caisses publiques, les intermédiaires et les notaires. À Toulouse, les bureaux de postes restent ouverts les dimanches ainsi que ceux de la Société Générale comme à Saint-Gaudens. À Montauban, c’est la trésorerie générale qui est ouverte et à Castelnaudary comme dans de nombreuses villes, ce sont les bureaux des recettes des finances. Même les notaires mobilisés sont renvoyés dans leurs foyers pour faciliter les souscriptions pour l’emprunt. L’Église catholique s’engage activement dans cette opération : la lettre de l’archevêque de Bourges pour recommander l’emprunt national est, par exemple, lue dans toutes les églises de l’Ariège le dimanche matin.

Municipalités

En hommage au général Galliéni, Saint-Béat inaugure une plaque de commémorative fixée contre la façade de sa maison natale gravée des inscriptions suivantes "J’ai reçu le mandat de défendre Paris contre l’envahisseur ; ce mandat je le remplirai jusqu’au bout".
À Toulouse, les plaintes des habitants affluent suite à l’augmentation du prix du litre de lait qui passe de 0,40 à 0,50 F : le préfet saisi, convoque la "commission de taxation avec laquelle [il prendra] les mesures qui [lui] paraitront utiles" : la commission de taxation donne huit jours aux laitiers pour porter le litre de lait à 0,45 F au lieu de 0,50 F.
La municipalité toulousaine, pour combattre la pénurie de petite monnaie, avait diffusé fin septembre les "tickets communaux". Mais les Toulousains s’en plaignent car ces tickets ne résistent pas longtemps aux échanges.
Toulouse encore, pour combattre la vie chère, crée une boucherie municipale qui ouvrira le 28 octobre prochain une loge au marché des Carmes et une autre à la place Victor-Hugo : son gérant, monsieur Buisson, s’engage à vendre au-dessous des prix fixés officiellement.
À Castres, c’est le tabac qui commence à manquer et les nombreux fumeurs sont mécontents de ne pas en trouver dans les bureaux de tabacs de la ville.
En cette fin d’octobre et en préparation du 1er novembre, fête de la Toussaint, de nombreuses personnes demandent des autorisations pour pouvoir se rendre dans la zone avancée des armées, autorisations toutes refusées. Aussi des particuliers achètent-ils des fleurs blanches ou des violettes qu’ils envoient aux aumôniers militaires sur le front : ils ont pour mission de les déposer sur les tombes des soldats morts et inhumés dans la zone des armées.

Œuvres de guerre

Les familles préparent l’hiver des soldats en envoyant des vêtements individuels et des sous-vêtements au front, des tricots, gants, caleçons, chemises, chaussettes, ceintures de laine… mais aussi des peaux de moutons, des bottes en caoutchouc, des sabots et des chaussons, des passe-montagnes… Nos prisonniers en Allemagne ne sont pas oubliés car ils recevront eux-aussi des lainages.
Face au grand nombre d’associations des œuvres de guerre, les autorités souhaitent les contrôler et celles qui font appel à la charité publique doivent faire leur déclaration en préfecture dans le délai d’un mois.
Pour les mutilés, des écoles généralement départementales sont fondées. L’œuvre de rééducation agricole créée à l’hôpital 21 bis, à Ondes (31), est ouverte le 20 octobre aux réformés mutilés. Boursiers du conseil général et de l’État au cours de leur formation, ils suivent un enseignement essentiellement destiné à l’agriculture. Le financement des écoles provient également de recettes de kermesses ou de tombolas comme celle organisée le 12 novembre à l’École de rééducation professionnelle des mutiles de Montpellier.

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