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Septembre 1916

Le 1er septembre 1916, la Bulgarie déclare la guerre à la Roumanie et le 9 suivant, Villefranche-de-Rouergue organise une grande retraite militaire en l’honneur de l’entrée en campagne de la Roumanie. La foule nombreuse suit la fanfare qui joue devant la sous-préfecture puis la maison du maire et sur les symboliques places de la Liberté et Nationale.

14 décembre 2018
Auteur : Patrick Roques

Agriculture

Comme en 1915, la compagnie des chemins de fer d’Orléans accorde le transport à demi-tarif aux ouvriers vendangeurs qui voyagent par groupe d’au moins 5 personnes. Mais cette année, parce qu’on manque de bras, la mesure est étendue aux femmes et aux enfants employés aux vendanges, sur présentation d’un certificat du maire. 

Les autorités craignent que "la pénurie de main-d’œuvre risque d’être encore après la guerre donc il faut développer le machinisme". Aussi, les "essais" de motoculture, qui sont en réalité des démonstrations, s’intensifient-ils autour de Toulouse, à Miradoux (32), Castelsarrasin et Montbartier (82), dans l’Ariège, l’Aude… organisés le plus souvent par les syndicats départementaux agricoles. 

Les mêmes autorités informent les viticulteurs de l’aide que peut leur offrir la station œnologique de Toulouse. À partir de l’analyse d’échantillons de raisin, elle peut les conseiller "pour faire du bon vin et pour suppléer aux produits œnologiques (bisulfites, acide tartrique…) très rares et onéreux".

Mais tous les agriculteurs se plaignent, en ces temps de récolte, des dégâts dus aux animaux "nuisibles" dont le nombre croît depuis l’interdiction de la chasse. Par exemple, les sangliers se sont régalés avec les blés du Lauragais et la récolte de pommes de terre, à venir, inquiète les agriculteurs qui demandent des battues administratives.


Armée

Le gouvernement incite les jeunes gens de 17 ans à 18 ans à contracter un engagement volontaire pour la durée de la guerre dans la marine nationale : les soldes journalières sont les suivantes : 0,65 F pour un apprenti marin, 0,95 à 1,25 F pour un matelot suivant la classe, 2,15 F pour un quartier-maître et caporal et 3,80 F pour un second maître.

Le gouvernement autorise également les poilus à fumer la pipe dans la rue et surtout à se raser la moustache. En effet, depuis 1832 les soldats ne pouvaient pas se raser la moustache, risquant alors de sévères réprimandes. Seuls les marins n’étaient pas concernés par cette obligation. 

De plus, à partir du 1er octobre prochain, tous les militaires de l’armée de terre pourront bénéficier de trois permissions de 7 jours par an, délais de route non compris, en plus des permissions à titre exceptionnel concernant des événements familiaux. Deux jours supplémentaires sont accordés aux militaires qui obtiennent une citation.

Enfin, les pères de quatre enfants et plus, les militaires ayant eu trois frères tués et les veufs avec trois enfants vivants, bénéficient d’un statut à part depuis que le général en chef des armées a demandé aux commandants d’armée de les verser dans des unités non combattantes.

Parmi les militaires français prisonniers, Ernest Pradelles, de Lavaur, soldat au 15e régiment d’infanterie, détenu depuis le 2 novembre 1914 près d’Ypres (Belgique), a été envoyé en Allemagne dans cinq camps différents. Au dernier, au camp de Whan, il était détaché à Bugendor dans une fabrique de paniers en osier pour obus, payé 1,50 F par jour. Le 3 septembre dernier il s’évada avec 15 de ses camarades de nationalités différentes. Le groupe arriva en Hollande, passa en Angleterre et revint en France par Boulogne-sur-Mer. Ernest Pradelles a rejoint sa famille, à Saint-Aignan (Tarn-et-Garonne).

 

Conseils de guerre

Le conseil de guerre permanent juge les agissements de 8 soldats détachés à la Poudrerie située à Toulouse. Sept sont condamnés à de la prison ferme car ils ont déserté, le dernier est condamné à 6 mois de prison avec sursis, sanction jugée peu sévère car il fumait dans la Poudrerie alors que, bien évidemment, c’est interdit.

 

Municipalités

Pour endiguer la hausse des prix, Auch refuse l’augmentation de 9 cts par m3 du prix du gaz à la compagnie locale. Dans le même temps, alors que d’autres municipalités bloquent le prix du lait à 0,40 F le litre, Toulouse autorise l’augmentation à 0,45 F. Les choix effectués par les mairies sont contraints par la diminution de leurs ressources : Albi se plaint que les produits de l’octroi sont passés de 170 737 F au premier trimestre 1915 à 19 472 F au premier trimestre 1916.

La monnaie de billon fait toujours défaut malgré les efforts des autorités locales : Auch met alors en circulation une "monnaie en aluminium " et Toulouse vote le 23 septembre l’émission de 1 350 000 tickets bleus à 0,03 F et de 950 000 tickets marron à 0,10 F pour suppléer à l’insuffisance de la petite monnaie. 

Par ailleurs, la crise du sucre n’est toujours pas résolue et celle du pain perdure. L’incendie à la fin du mois du grand moulin de Moissac, en activité depuis deux siècles, ne va pas arranger la situation locale car les dégâts sont très importants. Les habitants veulent faire des efforts mais sont mécontents de certaines injustices : les Auscitains se plaignent de devoir manger du pain noir alors qu’alentour, est vendu du pain blanc.

Dans ces conditions difficiles, les municipalités assurent malgré tout leur rôle administratif : à Narbonne, le maire rappelle l’interdiction du grappillage car les vendanges sont en cours. Une douzaine de personnes a déjà été verbalisée. À Rodez, le maire impose aux aubergistes, hôteliers, loueurs de maisons garnies ou logeurs de tenir un registre où ils doivent inscrire les nom, qualités, domicile habituel, dates d’entrée et de sortie des personnes qu’ils hébergent avec les pièces d’identité et le numéro de la voiture pour ceux qui voyagent en voiture. 

 

Prostitution

Les habitants des grandes villes dénoncent les « scènes scandaleuses [qui] se [déroulent] jour et nuit autour des gares » et surtout l’inertie des autorités contrairement à Paris où une brigade spéciale destinée à réprimer la prostitution est créée par le préfet de police. De tous temps, l’armée est confrontée à ce problème et surtout aux maladies qui font des ravages parmi la troupe. Les autorités militaires obtiennent au XIXe siècle la légalisation des prostituées. Mais l’arrivée et le départ des troupes dans les villes coïncident généralement avec l’ouverture ou la fermeture de maisons closes. Celle découverte à Grenade-sur-Garonne en 2017, datée de 1915 et probablement clandestine, témoigne de cet état à travers les graffitis recensés.

> Cf. " Une maison close à Grenade (Haute-Garonne) en 1915", dans « Patrimoines du sud" n°6.

 

Œuvres

"L’œuvre des mutilés de la guerre" de la 16e région militaire, vient de fonder à Montpellier une école de rééducation professionnelle gratuite comprenant tous les métiers adaptés à des mutilés et à des aveugles. Pour ces derniers, l’école toulousaine fournit également, gratuitement, un enseignement destiné à favoriser leur réinsertion. En parallèle, l’administration réserve certains concours, comme celui destiné au recrutement de surnuméraires, aux seuls militaires handicapés.

L’atelier école d’apprentissage de Toulouse annonçait en août l’ouverture des cours au 1er septembre. Ses dirigeants proposent à la fin du mois les premiers emplois dans les usines locales travaillant pour la défense nationale : manutentionnaires, ouvriers (ajusteurs, perceurs, ébarbeurs…) ouvriers travaillant aux galoches, à l’équipement militaire…

Par ailleurs, L’État, le 24 septembre, publie l’état des dons recueillis lors des journées consacrées aux principales associations : la "Journée du drapeau belge" a enregistré 3 500 562 F, "l’Œuvre du soldat au front" 7 137 561 F, la "Journée française de secours national" 5 773 393 F, la "Journée des orphelins de guerre" 3 517 923 F, la "Journée des éprouvés de la guerre" 3 802 332 F et la "Journée du Poilu" 3 704 185 F. Les résultats de la "Journée serbe" et de la "Journée de Paris" n’ont pas été communiqués.

 

Réquisitions

Les réquisitions, qui n’avaient jamais cessé depuis le début du conflit, concernent en septembre le vin : le maire de Narbonne informe que l’État prélèvera 6 millions d’hl de vin dans l’ensemble des régions viticoles, Algérie comprise. La quantité prise correspond environ à 20% de la production de chaque propriétaire. C’est également 500 kg de haricots qui seront pris à Moissac pour les mois de septembre et octobre. 

C’est encore la réquisition de foins payés 7,50 F les 100 kg où, à Villefranche-de-Rouergue, celle de la laine dont la quantité n’est pas encore indiquée. 

 

Transport

En raison des besoins urgents des réseaux de chemins de fer, de nombreux cheminots mais aussi des mécaniciens et des chauffeurs révoqués pour faits de grève en 1910, sont remis à la disposition de leurs réseaux à l’exception des officiers et sous-officiers ainsi que les hommes travaillant à la défense nationale. Mais, conséquence de la pénurie de charbon, la compagnie des chemins de fer du sud-ouest annonce la suppression de trains. Les usagers se plaignent alors des nouveaux horaires des trains qui circulent encore.

Dans notre région, l’accident survenu à Gripp (Hautes-Pyrénées) au 31 août dernier, crée un certain émoi : les freins du tramway électrique qui avait quitté Artigues ne fonctionnaient plus et après avoir dévalé la pente, le tramway a déraillé près de la gare de Gripp et l’ensemble s’est renversé, faisant 6 morts et 40 blessés.

 

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