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Octobre 1917

Dans la nuit du 6 au 7 octobre a lieu le changement d’heure en France : les horloges sont retardées d’une heure.

21 mai 2019
Auteur : Patrick Roques

Le 23 octobre, Paul Painlevé remet la démission de son gouvernement au président Poincaré qui la refuse. Un remaniement est alors effectué, Louis Barthou remplace Alexandre Ribot au ministère des Affaires étrangères.
Le 26 octobre, le Brésil entre en guerre aux cotés des Alliés.

 

Un nouveau billet


Un nouveau billet, de 20 F, est émis au 1er octobre par la Banque de France. Il est dû au peintre Georges Duval et au graveur Romagnol ; au recto deux médaillons sont ornés de la tête de Bayard avec sa devise "SANS PEUR" à gauche, "SANS REPROCHE" à droite. C’est la première fois en France qu’un billet représente un personnage historique, le célèbre chevalier Pierre Terrail de Bayard réputé pour son courage et sa bravoure. Au centre du verso, un faucheur aiguise sa lame de faux, prêt à moissonner son champ d’épis.


Affaires


De nombreuses affaires éclatent en octobre et tiendront en haleine les mois suivants les lecteurs de quotidiens. La plus importante est l’affaire "Bolo" du nom de Paul Marie Bolo ou Bolo Pacha : arrêté en septembre, il est accusé d’avoir reçu des fonds de l’Allemagne pour influencer des quotidiens français tels Le Journal ou Le Bonnet rouge pour qu’ils diffusent des idées pacifistes. Se greffent à cette affaire, "l’affaire Marguliès" et "l’affaire Lenoir-Desouches-Humbert".

Dans la première, un antiquaire dijonnais Marguilhiès, en relations avec Bolo depuis 1915, est soupçonné d’intelligence avec l’ennemi. La deuxième concerne Charles Humbert, directeur du quotidien Le Journal, Pierre Lenoir, le propriétaire et Guillaume Desouches prête-nom pour l’acquisition de ce journal. On découvre que Pierre Lenoir a des liens étroits avec Bolo Pacha et l’enquête montre que l’argent qui a servi à l’achat du quotidien Le Journal provient d’Allemagne.

 
L’affaire du député Louis Turmel, qui est également "l’affaire du chèque", prend une nouvelle tournure avec l’arrestation au début du mois de l’élu. Georges Ladoux, officier de renseignement français, est également accusé d’y avoir participé : il sera plus tard lavé de tout soupçon.


Dans ce climat lourd, Mata Hari accusée d’espionnage est exécutée le 15 octobre et le lendemain a lieu la dégradation militaire du docteur aide major Laborde.


Aussi les affaires locales de vols d’essence ou de volailles, de mouillage de lait, de tromperies sur les quantités, de contrebandiers – un convoi de mules et mulets en partance vers l’Espagne est saisi à Ax-les-Thermes par les douaniers – ne retiennent l’attention que de ceux qui en sont victimes.


Agriculture


Les agriculteurs voient arriver avec plaisir un grand nombre d’ouvriers agricoles espagnols. Aussi, le ministère de l’Agriculture rappelle-t-il la réglementation qui impose des contrats de 3, 6 mois ou un an et des salaires mensuels de 50 à 60 F s’ils sont nourris et logés, 100 à 120 F s’ils ne sont pas nourris.
En revanche, les bourreliers et selliers subissent les restrictions sur le cuir pour les harnachements agricoles : ils doivent dorénavant le retirer auprès du directeur des services agricoles du département. C’est également pour économiser le cuir que seuls les officiers ou sous-officiers montés seront autorisés au port de jambières de cuir, les autres devant se contenter de leggins en tissu.


Les restrictions


Les distributions de cartes de charbon débutent en octobre et si le prix est fixé à 7,30 F les 100 kg, les quantités ne sont pas assurées. Mais en fin de mois, en raison du froid intense, certains préfets augmentent les parts en puisant dans les réserves départementales.
Pour la "chaussure nationale" qui n’a rien à voir avec la "chaussure populaire", les habitants de la région se plaignent de ne pas en trouver alors que les autorités avaient annoncé en fabriquer "500 000 paires par semaine". Le syndicat des négociants en chaussures de Toulouse et de la région décline toute responsabilité car "le nombre de chaussures qu’ils reçoivent est ridiculement bas" ce que reconnaît le sous-intendant militaire de la région toulousaine qui fait reporter la faute sur la récente grève des cordonniers de Toulouse. 


À cause des restrictions sur le gaz et des nombreuses coupures, les accidents se multiplient comme celui survenu à Gaillac chez le pharmacien Fabre : l’explosion a détruit son officine. C’est encore la faible pression de gaz qui ne permet plus d’actionner les moteurs de l’usine de Guilhermy : l’eau n’étant plus refoulée, la mairie explique qu’elle manque dans les hauts quartiers toulousains et promet l’ajout d’un moteur électrique à l’usine.
C’est encore le cas pour l’électricité sauf pour les industriels qui travaillent avec la défense nationale. Cette énergie est restreinte pour les particuliers qui ont une facture mensuelle de plus de 5 F par mois et l’éclairage extérieur des commerces et débits de boissons est interdit, diminué de 50% à l’intérieur et une lampe de dix bougies est tolérée dans chaque vitrine.

L’éclairage faisant défaut, la circulation est rendue difficile et les auscitains demandent au moins que certaines rues soient éclairées jusqu’à 20 h, heure de sortie des ateliers. Parce que les effectifs de police sont faibles, les infractions sont plus nombreuses dans les grandes villes : les tramways et les automobiles vont trop vite, on néglige les lanternes sur les bicyclettes… Aussi, les habitants se plaignent-ils d’insécurité.

Quant au sucre, le syndicat des limonadiers demande aux 630 débitants de Toulouse de limiter à deux petits morceaux la quantité proposée aux consommateurs de boisson à sucrer car il n’a reçu que 7 500 kg pour octobre. À Villefranche-de-Rouergue, ce sont les domestiques qui dénoncent les maîtres qu’ils servent car ils les privent de leur part : ils demandent aux maires de leur attribuer une carte personnelle.


L’état de guerre


Les "peillarots" parcourent traditionnellement les rues et recueillent tous les chiffons qu’ils rapportent dans les usines où "avec du vieux on fait du neuf". Ces produits, avec la guerre, sont recherchés par l’État et le ministre du commerce demande à toute personne possesseur de plus de 1 000 kg de chiffons ou déchets de laine ou de coton, de plus de 100 kg de poivre ou de succédanés, de plus de 200 l de pétrole ou d’une quantité définie par la mairie d’objets ou de matières en fer blanc, d’en faire la déclaration.

C'est également le cas pour les propriétaires de stocks de lin et produits de lin (plus de 500 kg de graine de lin de semence et plus de 1 000 kg de lin sous toutes ses formes) et pour les propriétaires d’établissements industriels ou commerciaux servant à la production, à la manipulation, à la fabrication ou à la conservation de chaussures ainsi que de tout détenteur de peaux brutes de chevaux, mulets et ânes dépassant 200 kg.

Même les débris de projectiles, de fusées peuvent être récupérés sur les champs de tir à condition qu’ils soient remis à l’établissement d’artillerie proche pour les utiliser à nouveau : les tarifs concernant les douilles, le cuivre, le bronze, le laiton, le fer, la fonte… les étuis de cartouches… sont plus élevés pour les militaires que pour les particuliers.


Municipalités


La Croix-Rouge américaine, en France depuis quelques mois, fait des dons aux départements – 25 000 F à l’Ariège le 20 octobre, 25 000 F au Gers, 35 000 au Tarn… – pour qu’ils les distribuent, le plus souvent par des sommes de 100 F, aux familles les plus éprouvées par la guerre. Aussi, Bagnères-de-Luchon, qui pense relancer ses activités, propose-t-elle un traitement thermal aux soldats américains blessés ou malades.
C’est également parce que l’armée est source de revenus que la ville d’Auch, dont les deux dépôts sont supprimés, supplie le ministre du Conseil d’envoyer un régiment qu’elle obtiendra rapidement, le 22 octobre : le 12e régiment d’infanterie lui est affecté.

À Toulouse, l’activité de la Poudrerie est croissante et occasionne des accidents comme l’explosion qui, le 19 octobre, blesse grièvement quatre personnes. Comme la main d’œuvre manque, l’office départemental de l’activité féminine informe qu’il a organisé à la Poudrerie, un camp des femmes ouvrières, un restaurant féminin et une crèche-garderie pour leurs enfants. Il envisage prochainement la diffusion d’informations indiquant comment faire des économies et la création de coopératives féminines, d’écoles de l’épargne…

À Toulouse encore, la mairie annonce la vente de légumes, le 18 octobre prochain, sur les marchés du Capitole, Victor-Hugo, les Carmes, Saint-Cyprien et à la Halle aux grains, de pommes de terre, tomates, navets, carottes récoltés sur les terrains communaux. Elle informe enfin de l’ouverture d’une nouvelle ligne électrique de tramways qui relie la place des Carmes à la Poudrerie par le quartier d’Empalot : le prix des places est de 0,10 F.

 

 

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